Thursday, 5 January 2012

LA SYRIE SOYEUSE



On en a choisi une, on aurait pu choisir une autre, mais c’est l’ensemble des photographies de La soie et l’orient qu’il faut voir et toucher pour s’imbiber de l’atmosphère de ce livre, pour se faire un délice de son tissu, pour en palper la soie.
Il s’agit certes de la matière noble en général, de ses origines chinoises, des latitudes qui réunissent les conditions climatiques nécessaires à la culture du mûrier et de l’élevage du ver à soie, des routes qui la conduisirent par la Perse vers la Méditerranée. Et on y apprend foule de choses puisées aux meilleures sources sur le sacré, le pouvoir, l’Islam, les peuples, les rites funéraires, les points de rupture, de passage et de réconciliation entre les civilisations…Mais l’ouvrage, son texte riche et ses photographies soignées, est tout entier un chant d’amour à la soie syrienne ou mieux, à la Syrie soyeuse. Cette contrée médiane, ouverte, accueillante, diversifiée, laborieuse, intégratrice, ayant un sens presque inné des puretés et des mélanges est présente ici par ses régions, ses familles (les Mézannar, les Moussalli…), son pluralisme foncier, son savoir faire, ses artisans, ses procédés, ses villes habitées depuis l’aube des temps (Damas en particulier) et ses contrées rurales, ses fabriques, ses églises, ses monastères et ses mosquées, son histoire, ses termes usuels dûment répertoriés(« les mots de la soie »), ses poètes et ses grands auteurs…Grâce à ce livre, on peut mesurer ce que la lumière de la soie peut apporter à la perception concrète de la Syrie.
Les derniers mots de l’ouvrage parlent de la soie « comme un mirage apparu sur la terre de Syrie » et qui « peu à peu, s’évanouit ». Ce pessimisme est-il de mise après la fermeture de la dernière filature des montagnes, celle de Dreikich en octobre 2008 ? L’heure est certes à la plus profonde circonspection, mais La soie et l’orient nous a appris que le secteur qui ne cesse de mourir depuis le début des années 1960 en raison d’une politique de nationalisation étriquée (et d’une conjoncture mondiale difficile) ne cesse aussi de revivre grâce à une importation et une exportation de soies clandestines. On peut faire confiance à la vitalité du peuple syrien, dans un régime démocratique, pour persévérer dans une industrie qu’il enrichit et qui l’enrichit.
Florence Ollivry: La soie et l’orient, photographies de Rima Maroun, Rouergue, 2011, 192 pp.

Thursday, 1 December 2011

UNE RÉFÉRENCE CAPITALE SUR LA TOURMENTE LIBANAISE


L’aveuglement de l’Occident et son appui indéfectible à Israël est « un leitmotiv de ce livre »

David Hirst: Une Histoire du Liban 1860-2009 (Beware of Small States – Lebanon, Battleground of the Middle East), Traduit de l’anglais par Laure Stephan, Perrin, 532pp, 2011.

Pour reconnaître à cet ouvrage ses nombreux mérites, et lui être équitable comme il sait l’être pour les divers protagonistes dans la plupart des occasions, il faut le nettoyer de son titre français et lui faire retrouver son objet et sa démarche véritables. La maison d’édition Perrin, enhardie par son riche catalogue historique et désireuse de cibler un vaste lectorat, lui a donné précipitamment le titre Une Histoire du Liban 1860-2009 qui n’est déjà pas approprié quant à la première date, puisqu’en dépit de l’intitulé du premier chapitre, il prend son point de départ dans les Accords de Sykes-Picot (1915) et la formation du Grand Liban (1920). Le fait que le dernier chapitre soit consacré à « Gaza, 2009 » et l’Epilogue à « La paix d’Obama… » met au grand jour l’inadéquation foncière.

Pour en revenir au titre original anglais, il reprend le mot de Bakounine mis en épigraphe, Gare aux petits Etats, et lui adjoint en sous-titre : Liban, Champ de bataille du Proche Orient. Nous voici mieux renseignés sur l’objet véritable de l’ouvrage : le Liban en tant que terrain de guerre de protagonistes régionaux et mondiaux. Donc moins le pays du cèdre dans sa vie interne et profonde, dans sa « tradition démocratique solide qui, malgré ses faiblesses, le distingue de tous ses voisins » (p.350) que dans ses tropismes extérieurs : la vulnérabilité de « ce maelström intercommunautaire » aux intérêts et idéaux contradictoires des puissances proches et lointaines, et sa place aux premières loges (sinon à la toute première) de la question de Palestine. « A l’origine, reconnaît l’auteur, ce livre n’était pas destiné à être une histoire du conflit israélo-arabe. Néanmoins à chaque étape de sa rédaction, le conflit n’a cessé de s’immiscer comme une partie tellement inséparable, intrinsèque et constitutive du sujet évoqué par le titre, que c’est bien ce qu’il a fini par devenir en grande partie. »

L’auteur de l’ouvrage, David Hirst, journaliste britannique né en 1936, correspondant régional du Guardian au Proche Orient pendant 43 ans et qui a résidé à Beyrouth, où il a fait une partie de ses études, près d’un demi-siècle, connaît de très près son sujet. Non seulement il a couvert les guerres du Liban où il a été kidnappé à deux reprises, mais il a aussi presque tout lu de ce que la littérature anglo-saxonne, auteurs arabes et israéliens compris, et partie de ce que la littérature française ont produit sur le sujet. Son livre s’inscrit donc dans cette catégorie où le journalisme et la recherche académique s’investissent le mieux l’un dans l’autre pour donner ce qu’on nomme « l’histoire immédiate ». Si la seconde donne les titres scientifiques, assure la rigueur et étend l’exploration, le premier fait la sève et le substrat : à preuve, la supériorité des chapitres vécus et couverts par l’auteur (de loin les plus nombreux, les plus longs et les plus intéressants) sur les chapitres du début puisés aux seules sources livresques.

Les premières années de la guerre du Liban (que Hirst persiste à nommer « civile » alors que le plus significatif de sa démonstration va dans le sens d’ « une guerre par procuration pour le reste du monde ») ont déjà donné lieu à de nombreux ouvrages et notre auteur en tire profit. Sa véritable nouveauté, désormais référence obligée pour tout observateur, voire tout chercheur, c’est cette synthèse riche, méticuleuse, exhaustive, pleine de méandres sur les années qui vont du soulèvement chiite de la prise de pouvoir en Iran par Khomeyni et les islamistes (1979) à la guerre de Gaza (2009) en passant évidemment par les diverses étapes du devenir libanais et régional du Hezbollah. Hirst imbrique, l’un dans l’autre, sans l’ombre d’un manichéisme et avec un doigté extraordinaire pour la complexité et les nuances, les changements des acteurs et la persistance comme le devenir des enjeux régionaux et internationaux. Son récit vivant réussit à animer une scène conflictuelle nourrie de sang et de larmes mais dont les acteurs principaux sont aussi éloignés l’un de l’autre que l’est Washington de Téhéran et Damas ou Ryad de Tel-Aviv. Aussi faut-il reconnaître à l’ouvrage une de ses principales forces : présenter les nombreuses facettes, ambivalentes voire contradictoires, des faits tout en parvenant à des conclusions concises et péremptoires. A titre d’exemple : « la République islamique a toujours été le réel instigateur et le bénéficiaire » de l’affaire des otages du Liban (1984-1992).

Sur « la sixième guerre israélo-arabe » (2006), « voulue » et « provoquée » par un État sioniste surestimant sa capacité de la mener et aveugle aux points forts de son ennemi, sur son déroulement militaire et diplomatique, comme sur ses résultats qui donnent lieu, selon le camp, à des interprétations contradictoires, David Hirst est, dans deux longs chapitres, exhaustif, passionnant, équilibré, n’omettant ni « l’hypocrisie » des puissances occidentales, ni la « schizophrénie » de l’État libanais. Pour cette raison au moins, il ne faut pas manquer de lire ce livre, le livre d’un Juste.

ENTRETIEN AVEC ELIAS SANBAR SUR L'ADMISSION DE LA PALESTINE À L'UNESCO


Grâce à la culture, les Palestiniens en sont à un début de normalité sans avoir eu à passer par la normalisation.

Il y a dans l’encyclopédisme d’Élias Sanbar, dans sa boulimie de connaître et de collectionner, dans son ardeur à produire et écrire, dans sa force de rester droit comme un chêne, de résister et de prendre l’initiative dans la tranquillité et la sérénité, quelque chose de proprement épique ou hugolien, un Booz éveillé confiant dans l’avenir et sûr de le voir échoir à son peuple. Historien, théoricien, publiciste, romancier, éditeur de superbes albums de photographies, longtemps rédacteur en chef de la Revue d’études palestiniennes qui s’imposa comme un événement culturel parisien et européen, traducteur et passeur en France de la poésie de Mahmoud Darwich, l’ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, connu pour ses amitiés célèbres ( Genet, Deleuze, Godard…) et très apprécié pour d’autres affichées ou discrètes, a été de la bataille de la reconnaissance de la Palestine comme membre de plein droit de l’organisation internationale (31/10/2011). Mais il y a assisté aussi avec la joie simple et larmoyante d’un enfant de ce peuple qui, spolié de sa terre et de la « normalité » internationale depuis près d’un siècle, se voit reconnu comme un citoyen du monde comme les autres. Comme les Palestiniens des camps, de Gaza, de la Cisjordanie, de la diaspora, Élias Sanbar a pleuré.

Interrogé par L’Orient littéraire, il a bien voulu donner quelques éclaircissements sur cet événement à portées culturelle, politique et humaine de la plus grave importance.

- Pourquoi la victoire de la Palestine à L'Unesco a-t-elle été plus facile et plus rapide qu'à l'Onu?

Je ne dirai pas plus facile, je dirai différente, car la procédure est différente. A l’Onu, il s’agit de devenir un État membre à part entière. A l’Unesco, nous avons eu recours à une voie indirecte qui nous a fait accuser de « mettre la charrue devant les bœufs », de « bluffer », celle de demander à inscrire des sites palestiniens au Patrimoine mondial de l’Unesco. La question se posait alors : comment des sites reviennent-ils à un État non membre et comment peut-il chercher à les inscrire?

Nous avons donc mené de concert deux procédures : d’une part, inscrire les sites et d’autre part devenir un État membre à part entière. Dès 1989, Yasser Arafat avait fait acte de candidature officielle, et aux cessions biannuelles de l’organisation, nous rappelions que nous avions une demande en sommeil sans exiger de passer au vote. Cette année-ci, notre projet fut autre: une demande d’adhésion immédiate et de passage au vote.

- Qu’est-ce qui a déterminé l’issue plus ou moins prévisible du scrutin ?

Trois éléments ont joué en faveur du vote massif de l’admission :

1. Une donnée indiscutable, une « évidence » universelle, presque unanime et valable même à l’intérieur de l’Assemblée Générale de l’Onu : la situation palestinienne ne peut plus durer telle quelle, se prolonger indéfiniment. La plupart des pays du monde n’hésitent pas à franchir le pas, à refuser les pressions : les Palestiniens ont, comme tous les autres peuples, droit à une “égalité de traitement” en quelque sorte.

2. Ce qui nous faisait un peu tergiverser, c’était l’idée que notre candidature pouvait être considérée par de nombreux pays amis comme un lâchage du processus de paix et qu’elle induirait donc ces pays à ne pas nous appuyer. Mais la politique de Netanyahou obstrue si clairement toute négociation sérieuse et bloque si nettement toute marche vers la reconnaissance, que l’accusation dont nous pourrions faire l’objet, ne tiendrait pas.

3. La dimension culturelle indéniable de l’Unesco émousse la charge politique du vote. Elle a facilité la décision de maint État membre.

- L’admission à l’Unesco facilite-t-elle l’admission à l’ONU ou au contraire l’éloigne-t-elle?

- A mon avis, sur le plan de la procédure, ni l’une ni l’autre thèse n’est valable et ce n’est pas le vote de la candidature qui est à l’origine du raidissement de certains membres du Conseil de Sécurité ou de la position clairement antagonique affichée par les États-Unis.

Précisons que l’Unesco, l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture est la plus importante des 12 agences de l’ONU (FAO, OMS…) après New York (Assemblée Générale et Conseil de Sécurité). Ajoutons qu’il y a un effet de vases communicants qui n’opère pas au niveau de la procédure, mais qui n’en est pas moins fondamental : plus on s’intègre dans le mécanisme d’une organisation internationale, plus on est impliqué dans le fonctionnement des autres, plus on sort d’une sorte de statut imposé du paria.

- En quoi devenir membre à part entière de l'Unesco est-il important pour préserver l’identité palestinienne et développer les ressources de votre peuple?

- Ce rôle est capital, car désormais la délégation de Palestine est partie prenante à toutes les Conventions, non seulement celles concernant le patrimoine, mais aussi celles qui régissent le présent et l’avenir, la culture, la préservation des sites archéologiques, la restitution des biens patrimoniaux volés et ainsi de suite. De même, les Palestiniens peuvent profiter des programmes d’éducation scientifique.

La Convention du Patrimoine mondial date de 1972. Pour inscrire un site, il faut faire acte de candidature et présenter un dossier complexe à la Direction du Patrimoine qui, après envoi de missions techniques et étude de leurs rapports, décide après débats d’inscrire un site sur la liste du patrimoine mondial. Une fois inscrit, l’État concerné par le site se doit d’entraver sa défiguration, de le préserver et l’entretenir.

La Palestine dispose aujourd’hui d’une liste imposante de sites considérés par l’Unesco comme étant de « valeur universelle exceptionnelle ». Au nombre de ces sites, l’église de la Nativité à Bethléem, première église officielle de la chrétienté bâtie par Constantin, que nous souhaitons inscrire lors de la tenue de la prochaine session du patrimoine mondial, en juin 2012, à Saint-Pétersbourg..

- Que gagne un site à figurer sur la liste ?

- Son universalité est consacrée. Son champ touristique s’élargit. Il peut bénéficier d’un appui budgétaire…Il est surtout classé dans une catégorie de biens qui le met à l’abri du temps et d’éventuelles mesures irréfléchies. Bref, la notion de la protection est fondamentale.

- En quoi la question de Jérusalem est-elle particulièrement concernée?

- Depuis 1981, la vieille ville de Jérusalem (intra muros) est inscrite sur la liste du Patrimoine en péril. C’est sur demande de Yasser Arafat que le roi Hussein, tout autant inquiet du sort de la cité occupée, avait réussi, l’Histoire lui en sera reconnaissante, à inscrire la ville sur la liste du patrimoine jordanien. Inutile d’ajouter qu’Israël mène une politique d’annexion, qu’il ne respecte aucune règle du patrimoine à Jérusalem, qu’il viole toutes les conventions et demeure sourd à toutes les résolutions que nous avons déjà réussi à faire voter dans le cadre des conseils exécutifs de l’Unesco.

- Cette admission nuit-elle particulièrement à Israël et au sionisme?

- Au niveau de la symbolique comme du droit international, elle fait passer la Palestine du statut de territoire à celui de pays avec ce qu’implique un pays : un peuple, une culture propre à ce peuple, des frontières, une capitale…

- Peut-on en quelques mots résumer les enjeux de cette victoire ?

- D’abord comme je viens de le dire, nous sommes passés du statut de « Territoires disputés » à celui de Pays en voie d’être souverain. Ensuite, nous sommes désormais un État de plein droit qui vote et signe les conventions internationales qui régissent la culture mondiale. Enfin, l’arsenal juridique et technique de la préservation de nos sites naturels et historiques va être définitivement établi.

Je ferai aussi mention de l’unanimité faite de joie et de larmes par laquelle le peuple palestinien dans toutes ses couches a accueilli ce début de passage à une normalité trop longtemps et trop injustement interdite.

-

AURORE BEYROUTHINE 1975


La photo date de la veille de la Guerre du Liban mais fait la pleine page 25 d’un livre savoureux* qui vient de paraître et qui veut tout à la fois ressusciter la mémoire d’un père attaché, et avec quelle méticulosité, à sa cité et du centre-ville de Beyrouth tel qu’il s’est donné à voir et à vivre dans les décennies d’avant guerre riches de joies et couveuses d’orages. Elle est de Georges Sémerdjian (1948-1990), photographe du quotidien An Nahar qui a payé de sa vie son art et son métier. Moins d’un demi-siècle a fait disparaître ce monde plus sûrement que les cendres du Vésuve les maisons de Pompéi.

L’image montre dans un clair-obscur trouble la dernière portion de la Rue de Damas, celle qui reliait la place Debbas, de moyenne dimension, à l’immense place El Bourj. Rue obscure d’être étroite, à sens unique, elle va vers la mer, alors obstruée à la vue des piétons par l’immeuble Rivoli, le nord, l’étendue et la lumière. Entourée de trois prestigieux cinémas sur la voie du déclin à l’heure de l’apothéose de Hamra, elle est captée à une heure matinale où les séances n’ont pas commencé, le rêve est au point mort et le moment au labeur quotidien et aux balayeurs. La propreté matérielle, déjà en mal dans son rituel municipal, est profanée d’une souillure morale : La Ragazzina (film italien aux portes du porno de 1974) devient sur l’affiche racoleuse Al Qazira, la sale ou la salope.

Etroitesse et espace, clartés et ombres, rêve et labeur, mouvement et halte, nettoyage et salissures, essor et déclin…Que d’oppositions et d’alliances sont tissées en cette aurore beyrouthine qui appelle la nostalgie sans se faire regretter vraiment !

*Gabriel Rayes – Tania Rayes Ingea: Beyrouth, Le centre-ville de mon père, Les Éditions de la Revue Phénicienne, 2011, 212 pp.

Wednesday, 2 November 2011

UNE AMITIÉ ESSENTIELLE: LE PEINTRE & LE POÈTE


Mohammad El Rawas, Antoine Boulad : Faiseur de réalités, Maker of Realities, (traduction anglaise de Mishka Mojabber Mourani), 2011, Beyrouth, Éditions

A. Antoine.

On a beau renoncer au slogan soixante-huitard : « Sous le pavé, la plage ! », on le retrouve avec surprise et bonheur en ouvrant ce livre et en le feuilletant. L’austère couverture havane portant le titre de l’ouvrage et le nom des auteurs en marron est d’une rigueur janséniste. Mais à voir les luxuriantes œuvres du peintre reproduites à l’intérieur sur papier couché, on est vite immergé dans l’enchantement des formes et couleurs, dans la perpétuité des arts plastiques et ce que l’artiste appelle leur « exploration, manipulation, réarrangement ». Les poèmes inspirés, doublement inspirés par la muse et les œuvres récentes de Rawas, à Antoine Boulad tracent le pont entre les deux bords : sans excès de lyrisme, ils cherchent avant tout la justesse et l’adéquation. Ils recréent, dans et par les mots sincères, accueillants et précis, le monde de l’artiste dans sa complétude comme dans les créations prises une à une. A preuve le titre, à preuve l’incipit, tout d’art et de vérité :

Le strict nécessaire

Le monde entier des choses.

Cet artifice de la poésie retenue rejoint, mais aussi révèle, une dimension fondamentale de l’art de Rawas : sous la profusion des formes, des dé-formations et re-formations, derrière l’enchantement des couleurs et des teintes, à travers le vaste échantillonnage de l’histoire de l’art et de la peinture, une rigueur implacable, un travail tout d’exigence et de contrainte, la tentative toujours reprise de déplacer ou pousser plus loin les esquisses des prédécesseurs, dieux compris. « Tu soumets la vie à une injonction d’harmonie », écrit Boulad.

L’amitié de Mohammad El Rawas et d’Antoine Boulad date, nous est-il dit, de plus d’un quart de siècle. Cet ouvrage, cette réalité faite, la scelle souverainement pour le bonheur des amateurs de livres, d’art et de poésie.

L'Orient littéraire, vendredi 28 octobre 2011

2011: POUR DES ASSEMBLÉES CONSTITUANTES



Afin de fonder un État de droit à l’ère de la souveraineté populaire, une assemblée constituante élue au suffrage universel paraît être la voie royale pour élaborer et voter la loi organique. La constitution pourrait être préparée par des commissions et soumise ultérieurement à un référendum, mais les représentants des divers partis sont seuls à pouvoir établir le consensus légitime.
Dans « l’Orient compliqué », les choses ne sont pas aussi simples. À supposer neutralisées par un contrôle international violence et fraude, la question se pose : quelle loi électorale pour choisir les Constituants ? Seule une loi complexe prenant en compte la représentation des minorités religieuses, nationales et linguistiques sans léser la majorité et ne mettant pas en péril l’efficience du régime à naître est la bienvenue. Mais quels Sages, quels Clisthène(s), quels De Gaulle(s) pourront lui donner le jour ?
Autre problème : et si des élections libres donnaient le pouvoir à des ennemis de la liberté, de l’égalité et des droits de l’homme, à un courant qui obstrue toute alternance ? N’est-il donc pas légitime de se méfier d’un peuple trop longtemps opprimé, donné en pâture aux intégrismes et dont les organisations et les élites ont été continuellement décimées. Hitler lui-même est venu au pouvoir par la voie électorale à l’heure d’une crise économique pointue et d’une république parlementaire impotente.
Le printemps arabe a donc, lors même où l’Occident démocratique souffre de plus d’un mal, à répondre à des défis qui ne lui sont pas seulement propres, mais qui pourraient grever l’avenir de toutes les sociétés humaines.
L'Orient littéraire, les mots de la liberté, Vendredi 28 octobre 2011

Sunday, 23 October 2011

SAMIR KASSIR ET LE PRINTEMPS ARABE


Des rives de la Seine aux bords de la Méditerranée, et des Palestines emmurées aux cités soulevées de Syrie et d’ailleurs, le nom de pionnier et d’intellectuel qu’on associe le plus spontanément au Printemps arabe est celui de Samir Kassir, lâchement assassiné en juin 2005 et qui a prêté son plus beau visage à la Révolution du cèdre. « En quête du printemps de Damas » en 2000, au cœur des manifestations de Beyrouth en février et mars 2005, il relie entre elles ces « stations » et en montre l’unité en marche. Il est temps d’énumérer les principaux points de son legs vivant:

1. Le courage intellectuel et moral, le refus par cet amoureux de la vie, de toutes les peurs jusqu’à la séduction par la mort même.

2. Le droit, le devoir de se révolter contre des régimes iniques, tyranniques, sanglants, mafieux qui forment autant d’insultes à l’intelligence, à la raison, aux lumières, aux droits de l’individu et des peuples. Fi donc de leur mensongère idéologie de Résistance et de la manne de 4 sous distribuée à leurs clercs, intellectuels ou politiques!

3. La tâche n’est pas, pour l’intellectuel, de remplacer les soulèvements en cours, mais de s’en faire l’écho, d’en affiner les analyses, d’en réduire les contradictions, d’en assurer l’unité, d’en accroître la portée. Plus qu’aucun autre, Kassir militant a cherché à renouveler les slogans de «Beyrouth 05» et à leur assurer la modernité de la médiation. Il aurait aimé, de ce regard complice et un peu hautain, ce qui ira plus loin sur sa propre voie, en 2011.

4. Samir n’a pas seulement perçu l’unité organique de 3 pays, de 3 Etats et de 3 révolutions, le Liban, la Syrie et la Palestine, il l’a vécue dans sa chair et ses rêves comme dans ses combats. Il en a tâté les déséquilibres et les contradictions, n’épousant pas constamment le même point de vue, mais restant toujours ancré dans l’idée d’une harmonie nécessaire et à portée de la main.

5. Cette unité, intégrée dans son espace culturel et politique, ne se confine pas dans un héritage clos, encore qu’il fût glorieux au-delà même de ce qui est habituellement connu. Dans leur ambition de redevenir un sujet et un acteur de l’histoire, les Arabes s’accommodent de toutes les ouvertures : la modernité, l’Occident, la francophonie… Ils l’ont déjà fait sur divers plans et ils continueront à le faire, préjugés écartés.

6. L’une des facettes du courage intellectuel de Samir Kassir est son option pour une éthique de la responsabilité à l’heure où il est si facile pour le commun de se morfondre dans une éthique de la conviction : la question palestinienne est juste, mais cela n’est pas une raison pour qu’elle vienne à bout des Palestiniens.

7. Partisan indéfectible des libertés et adepte de la modernité, Samir Kassir n’a jamais renoncé à un cœur de gauche qui garde dans sa ligne de mire la justice sociale et n’oublie pas les déshérités de la Terre.

Courage et générosité, droit et devoir de se révolter pour se retrouver sujet de l’histoire et possibilité de l’être, telles sont les principales leçons de cet acteur qui ne cesse d’accompagner les ennemis de toutes les injustices et de les inspirer.

FAISEUR DE RÉALITÉS: SUR MOHAMMAD EL RAWAS


LIMINAIRE
Faiseur de réalités, Maker of Realities, Mohammad El Rawas, Antoine Boulad, 2011, A. Antoine.
Des images dans des images pour parachever la toile, les nuances de la carnation sur des lumières bleues soulignées de notes grises pour enchanter la composition : les œuvres récentes (2008-2010) de Mohammad el Rawas ne cessent d’enrichir et d’émonder un cheminement artistique déployé tout entier sous le signe de la rigueur. Envoûtement immédiat, méticulosité et clôture artistique sont les termes clefs de cette peinture, mais leurs relations sont loin d’être simples. D’où la haute tenue de l’œuvre, d’où ces mots essentiels du poète Antoine Boulad pour l’accueillir, en (re)produire la (dé)mesure, croiser le fer avec « l’allié substantiel » selon les termes de René Char, l’attraper au lasso selon sa propre expression.
Hegel a fait de la peinture un art médian entre l’architecture et la sculpture, arts de l’extériorité et de la spatialité, la musique et la poésie, arts de l’intériorité. Rawas fait appel à tous les moyens et matériaux de la peinture ancienne et moderne pour arracher la création picturale à son insularité esthétique, gardant le bleu comme témoignage de la séparation maritime. Résolument moderne, il tente d’intégrer les grandes périodes historiques de sa discipline et tous les arts sont présents sur ses surfaces, les plans et maquettes, comme la statuaire, comme les mots. Sa peinture n’est ni un art parmi d’autres, ni un pont des arts, mais un carrefour giratoire à la limite du tourbillon. La tension permanente et secrète de la toile s’en délecte. L’accélérateur et les freins sont appuyés ensemble. L’enchantement général et premier est démonté par ce qui le mine, le trouble, l’empêche, l’interdit.
Tous les arts sont présents sur la surface un peu épaissie mais toujours vibrante de couleur de Rawas, mais ils y sont à leur place dans une peinture qui ne s’est jamais autant voulue l’art majeur. L’architecture est un élément blanc d’arrière fond ou de coté ; la poésie, art hégélien suprême, est détrônée et refusée comme telle pour faire place à une poésie au rabais, jeux de mots, slogans ou anti slogans, titres intégrés et affichés. Rien ne peut supplanter la peinture, rien n’équivaut à une visualité à l’apogée de ses puissances.
L’importance du verbe d’Antoine Boulad est ici capitale : découvrir une poésie de la toile qui échappe à ses mots, la refuser où elle se déclame pour la saisir où elle ne semble pas être, exprimer ce qui se dispense généreusement mais qu’on peine à dire. Tout comme la poésie, la musique et l’architecture sont bien plus dans la composition picturale que dans la place à eux sagement (ou follement) indiquée. Témoin ces Las Meninas toujours déjà revisités, infiniment à retrouver sous une maison corbuséenne et par une danse solitaire en miroir. Indice ces strophes concises d’un poète qui n’a consenti à ne plus revendiquer « le ministère de l’intérieur »* que pour
Le strict nécessaire :
Le monde entier des choses
ressaisi à travers le peintre.
L’œuvre de Rawas est essentiellement plastique. Elle n’est ni morale, ni politique, ni religieuse, ni psychologique. Malgré un discours qu’il lui arrive de tenir, elle ne se met au service d’aucune libération, et n’est ni pour ni contre les traditions. Elle enchante et barre tout enchantement par ses moyens propres qu’elle ne cesse d’étendre, de maîtriser et de mettre en procès. Une esthétique qui équivaudrait à une anthropologie fondamentale si elle ne se ramifiait dans une représentation du monde menacé par lui-même, par ses clonages, sa géométrisation, sa mécanisation et jusque par ses nobles idéaux, sa haute culture et sa jouissive luxure. No Exit, semble dire chaque composition : à la mi-journée de toutes les saisons les femmes sont belles et sensuelles, mais leurs seins absents sont d’un métal ténu au milieu de poupées de plastique et d’autres semblances d’instruments et de maisons. La silhouette des arbres redessinés par le peintre dans un esprit mécanique est ensorceleuse, mais les grands nus de la tradition classique vont connaître un démembrement fatal. Jamais peut être autant d’enchantement visuel n’a été accouplé à une vision aussi sombre, rarement les éléments sourdement bellicistes du chaos universel et actuel ne figurèrent dans une si harmonieuse entente.
Avons-nous donné de Rawas une interprétation trop personnelle, l’avons-nous acculé à des limites auxquelles il échappe par mille chemins de traverse (dont l’humour et l’ironie maniés avec doigté)? Peut être. Mais on ne peut que saluer une œuvre enchanteresse et recherchée dans ses moindres détails, indomptable par le spectateur et par là négatrice de la double présomption de la toile à la transparence absolue et de l’artiste à l’omnipotence et l’omniscience divines. Nourrie des exigences du peintre, de son ambition et de cette grâce d’émerveiller qui est un peu son secret, l’œuvre vit désormais de sa vie propre. Au voisinage d’une amitié qui l’interroge et le fera indéfiniment.
Farès Sassine
Le 14 août 2010

Tuesday, 6 September 2011

D. MENDELSOHN: LA CRITIQUE COMME L'UN DES BEAUX-ARTS



Daniel Mendelsohn: Si beau, si fragile, Essais critiques, 428pp, Flammarion, 2011.



« Les critiques sont, avant tout, des gens qui aiment les belles choses et craignent que ces belles choses ne soient brisées. » (D. Mendelsohn)
Ecrire sur le recueil d’articles de Daniel Mendelsohn, critique américain d’arts et de lettres imbu de culture grecque, mieux connu en France que dans son pays d’origine et dont les études réunies dans cet ouvrage ont paru essentiellement dans The New York Review of Books durant les années 2002-2010 , est une occasion plurielle de s’interroger sur une pratique à laquelle nous nous attelons tous les mois, sur la nature de l’époque présente, sur soi même et son itinéraire, s’autorisant de la brèche ouverte par l’auteur…
Un assemblage d’écrits épars est la tentation permanente de tout auteur contemporain, même attaché à l’actualité factice ; elle s’avère le plus souvent arbitraire et inutile. Dans Si beau, si fragile - deux adjectifs repris à un commentaire scénique de Tennessee Williams, « l’Euripide du XXe siècle », et qui posent avec simplicité et concision « l’inévitable enchevêtrement» de la vie et des nécessités dures qui la menacent, fondement confirmé, pour Mendelsohn, de l’émotion esthétique qui prévaut dans les grandes œuvres, des tragiques grecs à Almodovar et Sofia Coppola- tout semble justifier la reprise, la réunion et la conservation des écrits en volume.
D’abord, le fait d’appartenir à un genre particulier qui va au-delà de la revue de presse ou de la note de lecture, l’« essai critique » comme le précise le sous-titre. L’article est plus long, plus fouillé ; il glisse l’élément examiné dans l’ensemble de l’œuvre de l’auteur, le compare à des réalisations proches ou éloignées, l’introduit dans son contexte historique et fait appel à de nombreuses disciplines pour le décrypter et l’évaluer ; le nec plus ultra, c’est l’élévation de la méditation à des considérations générales sur l’essence même de l’art, ou d’un de ses genres, ou la signification et la portée de l’existence. Cette rubrique ne semble aujourd’hui avoir de place que dans quelques périodiques d’Angleterre et d’Amérique. Elle fut naguère bien illustrée par les articles de la revue Critique signés Eric Weil, Georges Bataille ou Maurice Blanchot… dans les années 1950. Partant de livres plus ou moins importants sur Machiavel, Rousseau ou l’empire austro-hongrois, Weil en arrivait à des interprétations majeures de ces pensées ou réalités ; Bataille en était à redéfinir la littérature dans son lien au mal et Blanchot à élaborer la notion d’espace littéraire. Mendelsohn affirme appartenir à une autre voie, « une tradition anglo-saxonne de critique populaire et largement informelle - hantée par un ‘je’ très présent et parfois passionné». Un pont est ainsi établi entre un genre défini et souvent délimité par des commandes extérieures et les préoccupations les plus personnelles : « On finit toujours par écrire sa propre autobiographie intellectuelle ». Des thèmes communs dominent l’ouvrage : la représentation de la féminité et de la masculinité dans la culture (l’auteur qui s’affiche gay est très sensible à la question), les versions grand public des œuvres classiques, l’art et la politique en temps de guerre, le privé et le public…Ils en commandent le principe de regroupement en cinq parties : Héroïnes ; Héroïsmes ; Éros ; Guerres ; Vies privées.
Mais c’est surtout la qualité indéniable de chacun des essais, consacrés à la littérature (Cavafy, Wilde, Les Bienveillantes…), au cinéma et établissant des relais den l’une à l’autre discipline (la critique théâtrale a été omise pour être trop américaine et de peu d’intérêt pour le lecteur français) qui fait l’extrême pertinence du livre et ses saveurs multiples. Pas un film que l’auteur ne revoie une seconde fois pour son papier. Pour son « Pas peur de Virginia Woolf » qui cherche à saisir les continuités et les discontinuités entre Mrs Dalloway (1925, mais aussi d’autres œuvres de la romancière britannique comme ses Journaux et le merveilleux Une chambre à soi), le roman de Michael Cunningham The Hours (1999) et le film homonyme de Stephen Daldry (2002), les œuvres ont eu droit à trois visites soutenues : le résultat est d’une telle richesse et d’une telle saisie de nuances qu’on est mené à une véritable aperception de l’essence de la féminité créatrice.
Enfin, le fil conducteur le « plus significatif » de l’ouvrage, celui qui en inscrit la nécessité à notre époque de crise, c’est le recours continuel à « un certain type de rigueur » issu à l’origine d’une formation universitaire grecque et latine et qui appelle à des critères sûrs, associe profondément le classicisme à l’expérience humaine et exige des œuvres « une cohérence riche de sens dans la forme comme dans le contenu ». On comprend alors pourquoi Mendelsohn qui a été si sensible aux charmes du film Marie-Antoinette (2006) ne lui épargne pas ses plus acerbes critiques : l’œuvre doit être défendue contre elle-même.
On peut se demander si les films (Troy, Alexander…) auxquels l’auteur a portés des coups décisifs méritaient de si fines et longues analyses (pleines, il est vrai, d’enseignements); on peut se sentir quelque peu gêné à la longue par une imprégnation gay à laquelle n’échappe presque aucune page de l’ouvrage... On ne peut cependant que se délecter de la culture, du jugement, de l’émotion, de l’intelligence et de la liberté qui animent chacun des essais du livre et redonnent à l’activité critique son sens et sa mission la plus libre et la plus profonde.
L’Orient littéraire, 8/9/2011

Thursday, 1 September 2011

LES CARICATURISTES AGRESSÉS


L’hommage sanguinaire du vice à la vertu

Si nul ne perçoit la tyrannie, dans son étendue et ses mécanismes, comme ses victimes, on peut répéter la chose de la caricature sociopolitique encore que le terme de cibles leur convienne mieux. D’où cette haine que les régimes totalitaires et leurs maîtres lui portent, haine que justifient sa puissance dans la lutte contre les fondements mêmes de leur oppression, sa mise à nu de l’arbitraire et de la barbarie… A première vue, le combat est inégal : le pouvoir surarmé d’un coté et l’intelligence démunie de l’autre. En vérité, les deux ennemis sont imbus chacun de la force de l’autre ; le premier flaire ce qui lui porte atteinte, le second possède une force décisive. Ce qui, au bout du compte, fait le partage, c’est la qualité de l’intellection, la droiture de l’engagement, la propagation du mensonge ou son refus, le respect ou la dénégation des citoyens et des faits, la création ou la destruction.
La caricature, par son dessin même, se saisit d’un trait, l’exagère et retire aux roitelets narcissiques leur imaginaire image dans l’onde. Mais dans la société de spectacle d’aujourd’hui, vaut mieux être défiguré qu’absent. Par ailleurs, le rire, dans ses analyses les plus classiques, ne peut se soutenir que d’une situation sans grandes conséquences. Mais tel n’est nullement le cas dans les variantes toujours grotesques et meurtrières du « malheur arabe ».
Il a appartenu aux nouveaux caricaturistes de nos contrées, trop nombreux pour qu’on les cite, de relever des défis multiples. De donner des leçons de courage et de persévérance. De permettre à la caricature une nouvelle diffusion par delà la presse écrite et en relation avec la télévision et l’informatique. D’aiguiser l’esprit critique dans sa chasse à toute forme d’indécence politique ou sociale. D’embrasser la société entière dans une vision ramassée et de l’incarner dans des dessins et dialogues simples et d’une portée évidente pour le plus grand nombre. De rehausser cet art, en principe mineur, au rang des majeurs par des visions et des styles personnels et novateurs.
Naji al Ali a été assassiné (1987). Ali Farzat vient d’être agressé, enlevé et se voit broyés les doigts de la main gauche. Un hommage sanguinaire du vice à la vertu, de la barbarie à la civilisation, de la racaille des services aux élites du peuple, de la brutalité souillée au propre de l’homme.