Thursday, 5 February 2009














IN MEMORIAM
LES FRERES RAHBANI


Faut-il suspecter le bonheur, incriminer le matin, refuser le miracle ? La musique des frères Rahbani, dont le cadet Mansour (1925-2009) vient de disparaître après l’aîné Assi (1923-1986), fut pour des générations de Libanais, cette alliance immédiate de l’art, de la joie et de l’aurore. Portée par la voix de Feirouz, qui la résumait et l’accompagnait, à des hauteurs inégalées de pureté et de transparence, elle pouvait unir, sur un mode accessible à tous, la modernité et une tradition villageoise issue tout droit de la montagne libanaise. Assi et Mansour étaient aussi des poètes subtils qui surent s’entourer des plus grands (Saïd Akl, Georges Schehadé, Michel Trad…) et approfondir les leçons des plus authentiques parmi les anciens. Leurs opérettes où ne manque jamais un humour frondeur, comme pour contrebalancer les idéaux inaccessibles, furent et restent de grandes tentatives d’art total : tout y portait la marque de l’excellence, des danses folkloriques et de la scénographie aux costumes, en passant par l’essentiel, la poésie et la musique.

Grâce aux frères Rahbani, chaque Libanais se sent plus libanais, chaque Palestinien plus palestinien, chaque Syrien plus syrien,… et tout arabe plus élevé dans son être même.

Lamlamtou Zikra liqa’a al ’amsi

J’ai collecté, des cils, la rencontre d’hier,
Et me mis à l’étreindre dans mon cœur essoufflé.
Des mains qui me font signe de l’éloignement même
Me couvrent de chaleur, de lumière et de lunes.
Qu’ont les oiseaux pour m’approcher puis demander :
« Tu négliges tes cheveux, fini le nœud des tresses? »
Leurs nombreuses volées et leurs regards curieux
Me poussent bien fort à les blâmer un peu.

Indécise je suis, O moi, l’oeil vagabond
Pleurant et réjouie, en mon for, sans raison.
Je l’aime ? Prétend-on que je ne lui souris ?
Quand il s’est avancé, le voeu de fuir me prit.
J’oubliai de reprendre de sa main la mienne
Longue poignée et long, le clignement des cils
Indécise je suis, O moi, lasse d’attendre
Derrière les rideaux, abattue de fatigue.
Est-ce l’amour qui vient? Bienvenu visiteur,
Et campe à la fenêtre, Parfum, et verse toi!

(Nous nous sommes appuyés pour la traduction sur le texte publié en arabe par le supplément du Nahar.)

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