Friday, 3 March 2017

PALESTINE SECULAIRE ET ININTERROMPUE




Yajûr Copyright Bruno Fert


Bruno Fert, texte de Elias Sanbar: Les Absents, Le bec en l’air, novembre 2016. Bilingue français/anglais.
Les absents de Palestine sont-ils encore présents sur la terre de leurs ancêtres, de leurs parents, d'eux mêmes en tant que déplacés, réfugiés, propriétaires d'un legs culturel ? Voilà ce que les 40 superbes photos de Bruno Fert parviennent à montrer avec délicatesse et magnificence, comme si la pudeur peut seule affronter l'ampleur du crime commis et qui ne cesse de se perpétuer et de s'étendre, comme si la beauté des lieux montrés, de leur représentation est seule digne du sujet, de l'enjeu. La retenue est partout: dans la mise en pages, dans le corps typographique prêté aux noms des lieux face aux photos, dans la place donnée in fine aux textes, dans la couverture noire où les poinçonnages bleus sur la carte signent les positions embrassées parmi mille autres jamais totalement perdues... Elle l’est essentiellement dans la vérité des images guidées sans artifice, sans exagération, sans souci de pureté ou d’inquisition, mais l’œil nu, amoureux et scrutateur. 
Que les paysages soient désormais rendus à la nature comme à Sirîn ou à Dayr al-Shaykh,  que les édifices d'avant l'exode soient religieux, politiques ou sociétaux, délabrés ou dressant leur belle architecture, que les pierres soient blanches ou les végétations vertes et fleuries, qu'on soit proche de la modernité israélienne ou éloigné d'elle,  ou encore livré à ses vacanciers, déchets et bouteilles vides, que de nouveaux mariés s’infiltrent dans les ruines d’un château (Majdal Yâba) ou que des pierres tombales se trouvent bousculées…c’est toujours cette vie historique séculaire et ininterrompue qui parvient à respirer dans la lumière éclatante, brumeuse et nocturne de la terre de Palestine. Comme le note l’écrivain israélien Yehonathan Geffen cité par Elias Sanbar: « Cela fait un moment que je sens que cette maison ne m’appartient pas. Mais dernièrement, un autre sentiment est venu s’ajouter au premier, je sens que quelqu’un vivait dans cette maison avant que nous y venions. »  Loin d’être un album de nostalgie,  ce livre authentifie l’affirmation, la présence et l’espoir.


Pour être limité dans ses pages, le texte de Elias Sanbar va à l’essentiel tout en sauvegardant à son itinéraire la liberté de la randonnée sémiotique (rails, cimetières et fantômes). L’érudition ne se fait jamais lourde, la passion du territoire est toujours déférente, la remarque pointue. Les notes historiques sur les villages expulsés en 1948, succinctes et précises, jettent les lumières indispensables. Le gai, tragique et sensuel savoir se cueille aux sites saisis.    

UNE FRESQUE HILARANTE DE L’ADMINISTRATION JUDICIAIRE








Paul Audierne: Passage à travers le décor, Bada’e’, Beyrouth, 2016, 244pp.
          La naissance d’une maison d’édition à l’ère de la crise du livre est un acte de courage et de confiance. Il demande à être salué ainsi que son maître d’œuvre, notre ami Chibli Mallat dont le patronyme apparaît comme propriétaire d’un immeuble voisin de la colonne Vendôme dans le roman de Paul Audierne. L’auteur publié réitère-t-il une tradition des peintres de la Renaissance ? Foin des suppositions et appuyons le choix judicieux de l’éditeur.
          Le récit relate les 6 journées de 2 personnages, le narrateur Henri Heim et son ami Paul Crochet. Le choix des dates est perspicace puisqu’on va du mercredi, en pleine semaine de travail, au lundi « jour de la vérité » en passant par un week-end riche en péripéties. Le tout dans un Paris hivernal et mondialisé. Les 2 hommes sont liés depuis l’école primaire de Lyon et exercent des fonctions proches au ministère de la justice, le second administrateur civil, le premier attaché principal d’administration centrale (APAC donc, acronyme « entre ‘apache’ et ‘attaque’, ‘sorte de plancton’ nécessaire à ‘l’écosystème’ des administrateurs et magistrats). « Nous nous parlions sans parures ou peintures de guerre, même si Paul avait parfois la tentation de ressortir le petit sceptre d’énarque qu’il gardait dans la manche lorsque l’échange tournait à son désavantage ». Ils sont sous la garde des Sceaux dont la fonction s’est enrichie de la sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l’homme. Leurs tropismes les mènent à d’autres champs d’élection. Henri est peintre depuis sa fenêtre et vit avec son chat noir Blanchette, Paul est l’auteur de Jardins secrets, ouvrage publié à compte d’auteur et dont « l’érotisme floral avait le goût du navet. »
          Les réminiscences ne manquent jamais à notre lecture : nous sommes tantôt dans Rear Window de Hitchcock, tantôt dans l’Ulysse de Joyce, tantôt dans une œuvre  de Le Carré centrée sur une supercherie (avec un assassinat suicide), tantôt dans le fait divers et le vaudeville, tantôt dans un Céline féroce éreintant la vie quotidienne, tantôt dans un Tchékov juxtaposant banal et tragique,  …Mais surtout nous jouissons d’une veine rabelaisienne et nous sommes mis face aux Hommes de Justice de Honoré Daumier réinstallés au XXIème siècle. Non pas le monde des tribunaux et de l’avocature, mais celui des commissions aux noms et sigles barbares et ridicules (DGRHEEP pour la direction générale des ressources humaines, de l’efficience, de l’expertise et de la performance, OSTRAJUS (‘une sauce, un légume ?’), le progiciel Pénélope, la mission Artémis…) et qui brillent par leur inefficacité, leur logomachie, le temps et les énergies qu’elles font perdre. Elles fabriquent des « écureuils » qui « pédalent avec passion dans la roue », des dépressifs et servent aux ambitieux pour gravir l’échelle.
          Dans ces institutions, comme dans leur famille, nos héros sont « à double fond ». D’une part, le ‘décor’, la ‘scène, le ‘personnage de fiction’ ; d’autre part, la vérité, le prétendant à l’amour et à la création… «Mais ce monde clandestin ne communiquait pas avec la scène. Faute de pouvoir émerger…il demeurait à peine plus qu’un fantasme. » Pour être trop intellectuel, le titre couvre bien les aventures et mésaventures du livre : Passage à travers le décor.
          Audierne se donne à cœur joie au ludisme du verbe. Son vocabulaire est riche. Ses personnages ont des noms tordants : Lehardi, Pantalucci, Gegenberg, Karim Achouche, Blase, Derage-Gagnon…la mère libanaise du narrateur s’appelle Waha. Le jeu de mots est partout, les phrases bien martelées : « Le suicide [d’une fonctionnaire] redonnait à chacun un peu d’entrain, pour ne pas dire un peu de vie. » Les pages regorgent de réflexions sur divers sujets : le droit d’aînesse, le vaudeville, la pingrerie (« le spectacle de la pingrerie, surtout quand elle est honteuse, a quelque chose d’obscène… »), l’amour propre, l’amitié («seule l’amitié libère de soi- même, autant dire de tout »)…
          Mais outre la description hilarante de l’administration judiciaire, ce qui donne au roman son tonus et sa richesse, c’est la description de la vie parisienne et l’art consommé de construire des conversations. Nous ne cessons d’assister à des scènes rituelles (déjeuner à la cantine, vernissage…) et surtout nous sommes perpétuellement en train de traverser Paris en métro, en bus, à pied. Chaque moyen de locomotion est sujet à des descriptions où l’observation et le fantasme se mêlent, où la drôlerie, la méchanceté et la justesse font cause commune. Les conversations, leurs sous entendus, leur dit et leur non dit, leurs stratégies sont menés avec maestria.

          En dépit d’un intellectualisme omniprésent, quelques longueurs et l’étroitesse sociale du milieu décrit, l’ouvrage est libérateur et mérite le plus large lectorat. 

Friday, 3 February 2017

INITIATION A KANT






Luc Ferry: Kant, une lecture des trois “critiques”, coll. «Collège de philosophie», Grasset, 2006, 375p.


A peine fermée la parenthèse de ministre de l’éducation nationale (2002-2004), Luc Ferry commet deux ouvrages qui s’inscrivent dans la droite ligne et l’approfondissement de son activité de pensée antérieure. D’une part, un Apprendre à vivre, Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations (Plon), une excellente incitation à assumer son destin par l’exercice libre de la philosophie et d’autre part, une monographie consacrée à Kant (Grasset), dont il est le co-traducteur des Œuvres à La Pléiade et  qui lui sert  de caution et de référence : « peut-être le plus grand d’entre tous ». Plus d’une affinité relient les deux livres. Le second prolonge les visées du premier : « Il est impossible d'entrer vraiment dans la philosophie si l'on ne prend pas le temps de comprendre en profondeur un philosophe.» Les vertus pédagogiques de l’un et de l’autre sont patentes. Le philosophe de Königsberg ouvre, par ailleurs, la modernité a-cosmique et a-religieuse dans laquelle Ferry cherche à penser : l’ordre du monde n’est plus donné, il est à construire ; la nature n’est pas bonne en soi et les hommes doivent édifier par leur liberté un « Règne des fins » autonome.
Qu’importe que le livre sur Kant reprenne  et restructure plusieurs passages  des oeuvres antérieures de Ferry en leur ajoutant des développements inédits, l’essentiel est son propos : une « initiation » (Einleitung) à un philosophe majeur, voir à un « moment » déterminant de la philosophie occidentale. Celle-ci consiste à proposer au lecteur un ensemble de fils conducteurs pour pénétrer dans l’oeuvre, y puiser des idées « géniales » et l’aider à penser par lui-même.
L’ouvrage se divise en trois parties. La première et la plus longue introduit à la lecture des trois Critiques. Occupant la moitié du livre, elle s’attelle à une tâche « modeste et laborieuse », l’explication et la rend prenante non seulement en la sauvant de l’écueil des lieux communs mais par la maîtrise des problèmes, la clarté de l’énoncé, les comparaisons et tableaux historiques, voire le recours à des exemples volontiers anachroniques. Il n’est pas exagéré de suivre l’auteur dans son affirmation qu’un lecteur non spécialiste peut, moyennant  un certain effort intellectuel, entrer par cette voie dans le domaine kantien.
Cette première partie de l’ouvrage trouve son complément dans la troisième et dernière : une vue d’ensemble du système de Kant, ce qu’il nomme l’Architectonique, et juge aussi achevé et indépassable que Hegel  le sien. A la suite d’autres (Rousset, Cohen, Heidegger…) envers lesquels il reconnaît sa dette, Ferry essaie d’articuler les 2 parties de la philosophie de Kant (systèmes de la nature et de la liberté) avec ses 3 Critiques et ses 4 questions (Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme ?) Suit en second volet un chapitre final où pour saisir le rapport entre Droit et Histoire dans la pensée politique de Kant, l’auteur part des réflexions de ce dernier sur la Révolution française. Démêlant les prises de position des divers philosophes idéalistes allemands, il montre l’attachement de Kant, et du vieux Hegel, aux résultats de la Révolution qui souleva partout l’enthousiasme tout en condamnant sans réserve son processus « rempli de misères et d’atrocités ».
Entre les 2 parties explicatives et éclairantes du livre s’intercale une partie interprétative consacrée à « la chose en soi » (distincte du phénomène senti et pensé) que Kant estimait être le problème le plus difficile de toute la philosophie moderne. Pour être les plus ardues de l’ouvrage, ces pages n’en proposent pas moins une lecture de la cohérence de la première critique.
Un professeur de philosophie ne peut que se réjouir de la parution d’un ouvrage qui embrasse avec une telle maîtrise et une telle clarté l’ensemble de la pensée kantienne. Il est heureux non seulement pour ses étudiants mais pour lui-même : désormais, il peut énoncer avec une plus grande facilité la théorie du schématisme, mieux saisir comment l’éthique kantienne se déduit littéralement de l’anthropologie de Rousseau, expliquer d’une manière simple l’accord libre et imprévisible de l’imagination et de l’entendement dans l’art, méditer sereinement « l’élargissement de l’objet » qu’opère « l’esprit » en établissant des rapprochements entre éléments éloignés et différents et qui correspond aussi, Kant dixit, à un « élargissement du sujet »…Il peut certes regretter telle ou telle lacune, rester sur sa faim sur une question insuffisamment approfondie ou non convaincante, mais le bilan est globalement positif et Luc Ferry en consacrant à Kant un tel ouvrage répudie définitivement les accusations de « divertisseur », de « médiatique essayiste » …portées contre lui.

Plus loin encore : en appuyant sa philosophie, c'est-à-dire sa quête humaniste et démocratique d’un « salut sans Dieu », sur la notion de « pensée élargie » élaborée, pour le champ de l’art, dans la Critique du jugement (« penser en se mettant à la place de tout autre »), Ferry se retrouve avec d’autres (Habermas, Rawls) dans la postérité de cette idée. Mais il donne par là une assise judicieuse à sa réflexion et puise dans  la créativité incessante de la pensée de Kant.   

1/2/2007 

QUAND LA CRITIQUE PARTICIPE DE LA BEAUTÉ DU MONDE







Jean Starobinski: La Beauté du monde, La littérature et les arts, Edition établie sous la direction de Martin Rueff, Quarto Gallimard, 1344 pp, 2016.

Starobinski réclame, comme Baudelaire, « la difficile alliance de la singularité passionnelle et de l’élargissement de la vue »
Jean Starobinski est-il « le plus grand critique littéraire de la langue française au XXe siècle » comme l’écrit le directeur du présent ouvrage Martin Rueff,  poète et penseur ? Sans prétendre à l’érudition nécessaire pour confirmer ou infirmer une telle affirmation, nous pouvons dire que les nombreuses études de ce livre volumineux, opera loin d’être minora puisqu’elles épousent la forme rituelle de la majorité des écrits de l’auteur, ne peuvent qu’induire dans ce sens, tant ils sont instructifs et profonds.
Starobinski est né à Genève en 1920 de parents juifs polonais. Il eut, sur les traces paternelles, une double vocation, celle de médecin-psychiatre et de critique écrivain, fréquentant 2 universités, mêlant 2 carrières. Celui auquel Eugenio Montale aurait consacré un poème l’appelant Il Ginevrino (le genevois) fréquente alors Marcel Raymond, Albert Béguin…Durant la guerre, la venue de P. J. Jouve, son salon où critique, poésie, musique se rejoignent dans l’amitié et l’intensité de la parole, ainsi que la multiplication de publications et de maisons d’éditions françaises bénéficiant de l’expression libre et échappant au fascisme font de la cité suisse un fervent foyer culturel. La configuration d’une École de Genève se perpétuant de Thibaudet à nos jours est loin d’être un mirage. « Un homme se définit, entre autres, par l’espace des amitiés dont il est entouré. C’est par là qu’il marque sa différence, sa solidarité. »



Pierre-Jean Jouve


Dans le domaine médical, Starobinski s’illustre par sa recherche critique et clinique sur la mélancolie, élargissant le domaine étudié et remettant constamment en question la discipline par la philosophie, la psychanalyse, la Daseinsanalyse, la littérature …Partant d’Hippocrate et de Démocrite, il traverse Burton et Freud pour parvenir à l’expression artistique dans l’œuvre de Madame de Staël, Baudelaire, Jouve. Si le terme a survécu tout au long des siècles, ses significations changent ainsi que les pratiques dans lesquelles il s’insère. Dans le domaine des lettres et des arts, Starobinski instruit principalement l’histoire des Lumières. Il renouvelle sans fin la connaissance de Rousseau (tout en étendant sa réflexion à Montesquieu et Diderot) et se donne pour tâche de «déchiffrer le rapport complexe d’un art en cours de libération et d’une réflexion exigeante qui cherche à le comprendre, à le guider, à l’inspirer… Ce siècle [le XVIIIème] se voulait libre pour la chasse au bonheur comme pour la conquête de la vérité. Libertins et libertaires. » (L’Invention de la liberté, 1700-1789, 1964) Cette mission, il la mène dans les lieux mêmes de l’invention : l’expérience de l’espace, le style rocaille, la fête, les prisons de Piranèse où la liberté finit par se nier…
 La centaine d’études (1946-2010) réunies dans La Beauté du monde se nourrit des deux veines mais naît de sujets propres : ce n’est ni tout à fait le même auteur, ni tout à fait un autre. Elle couvre un vaste domaine littéraire qui va d’Homère à Kafka, Celan et Jaccottet et lui adjoint deux autres : la peinture et la musique, « Regarder » et « Écouter ». Dans l’article « Guardi, Tiepolo, Sade », par exemple, Mozart et ses opéras sont les invités de marque ; dans un autre, l’attachement à Alban Berg et Mahler est montré chez Jouve et Bonnefoy. Le critique donne un rôle prééminent à la poésie, ce qui est non fréquent chez ses collègues de la deuxième moitié du XXème siècle.
 Son auteur de prédilection est évidemment Baudelaire qui a défini « le principe de la poésie » comme « l’aspiration humaine vers une beauté supérieure » ; elle surpasserait l’opposition de la passion et de la raison, de la beauté et de la vérité. L’unité et l’originalité de l’œuvre entier, poésie et prose, sont mises à jour. Quinze études lui sont ici consacrées, une approche fragmentaire mais continuelle. Non seulement Starobinski approfondit la connaissance de Baudelaire, le poursuit à travers brouillons et champs, complète ou contredit des commentaires célèbres dont il a été l’objet (W. Benjamin, Lévi-Strauss et Jakobson…), mais il fait siennes ses approches critiques, prolongeant sa quête dans d’autres domaines esthétiques, particulièrement la peinture et la musique. « La critique, tel qu’il (C. B.) la souhaite, sera un rameau de l’art même ; il réclame la difficile alliance de la singularité passionnelle et de l’élargissement de la vue. »



BAUDELAIRE

Remettant la main sur « Les chats », Starobinski poursuit le thème du félin domestique dans d’autres poèmes des Fleurs du mal, en repère les incidences psychologiques (l’intimité avec la mère) puis les mène jusqu’aux commentaires sur l’art de Delacroix («  c’est l’infini dans le fini ») et de Wagner (« la sensation de l’espace étendu jusqu’aux dernières limites concevables »). Dans l’étude du poème « Je n’ai pas oublié », il est heureux de signaler « que ce texte échappe à la désertification qu’introduirait le souci exclusif de l’autoréférence ».
La tentative d’énumérer tous les enrichissements de l’œuvre  de Starobinski (très bien présentée et située dans ce volume Quarto) est sans doute superflue tant ils sont nombreux sur le plan conceptuel (« la relation critique », « l’œil vivant ») comme dans les bonheurs de l’écriture, simple et dense, et des textes, frais et innovateurs. Et comme on est ravi de retrouver nos affinités dans les siennes.

Friday, 6 January 2017

LES EAUX MÊLÉES DE LA LITTÉRATURE ET DE L’ESPIONNAGE











John Le Carré: Le tunnel aux pigeons, Histoires de ma vie, traduit de l’anglais par Isabelle Perrin, Seuil, 2016, 368 pp.
A l’instar du M. Arkadin d’Orson Welles, David Cornwell alias John Le Carré envoie des détectives fouiller dans son passé et celui des siens.  « Je suis un menteur, leur expliquai-je. Né dans le mensonge, éduqué dans le mensonge, formé au mensonge par un Service dont c’est la raison d’être, rompu au mensonge par mon métier d’écrivain. En tant qu’auteur de fiction, j’invente des versions de moi-même, jamais la vérité vraie, si tant est qu’elle existe. »  Ce texte figure dans l’un des derniers chapitres du livre  consacré à la vie de l’auteur, et où il nous a averti d’emblée que sur certaines questions intimes, il ne veut jamais écrire. N’est-il  pas donc  légitime de se demander si le cours des événements rapportés est une longue mystification ou une opération d’exfiltration littéraire ?
Comment sortir du paradoxe du menteur ? Ce qui plaide pour l’opposé des aveux précédents pris dans leur  globalité, c’est la distance mise entre l’écrivain et les événements, le regard critique et digne  posé sur les hommes, l’humour dont il est fait preuve à l’égard de soi. C’est aussi et surtout la hauteur morale et politique à laquelle Le Carré ne cesse de s’élever dans ses récits et analyses et qui s’est manifestée, de plus en plus, dans ses romans. Des angles ont pu être arrondis ou exagérés, des ajouts et des manques figurer, une vision singulière parfois se donner libre cours, le témoignage n’en reste pas moins probe et probant. L’auteur a évidemment veillé à produire une œuvre attachante et celle-ci n’en a pas moins ses exigences. « L’espionnage et la littérature marchent de pair. Tous deux exigent un œil prompt à repérer le potentiel transgressif des hommes et les multiples routes qui mènent à la trahison ». En deçà des activités adultes, « la tromperie et l’esquive » sont déjà dans l’enfance comme « armes », en tout cas le furent dans la sienne. En filigrane de l’autobiographie, on trouve un art poétique ou l’inverse.
 David Cornwell naît en 1931. A 25 ans, il fait partie du MI5, le service intérieur du renseignement britannique dont la principale activité est, au milieu des années 1950, d’espionner un parti communiste sur le déclin et d’en « cimenter » les membres par ses informateurs, écrit-il ironiquement. Il reconnaît avoir eu en les supérieurs du Five les plus exigeants et les plus pertinents des éditeurs avec en marge de ses rapports : « redondant », « supprimer », « justifier », « sens ? »…En 1961, il passe au MI6 (renseignements extérieurs), où sont démasqués, l’année même, George Blake (des centaines d’agents trahis et d’opérations grillées avant leur lancement) puis peu après Kim Philby, espion russe depuis 1937, et ancien patron du contre-espionnage du Service. Nommé diplomate à Bonn, capitale de l’Allemagne fédérale et y passant 3 ans à sillonner le pays tout entier, il est sévère pour les années Adenauer (1949-1963) qui ont laissé les survivants plus ou moins impliqués dans la politique hitlérienne dans les postes de l’administration et du renseignement, mais avoue que ses prédictions pour un virage plus à droite de la RFA ont été démentis. Les Allemands auront connu, en une même génération, le nazisme et le communisme.
En 1963, son roman L’Espion qui venait du froid signé John Le Carré le propulse sur le devant de la scène. Il devient un « transfuge littéraire » sur les pas de Graham Greene qu’il admire et respecte et qui, dans ses « vaines » tentatives pour conjuguer communisme et catholicisme, fut toujours loyal à son ami Philby. Quand votre mission dans la vie est de gagner des traîtres à votre cause,  vous ne pouvez vous plaindre quand votre ami a été recruté, affirme l’auteur. Les agences de renseignement  devraient-elles se réjouir des déserteurs qui auraient été traîtres s’ils n’avaient pas écrit ?  Pour Le Carré, la mission est de « sonder l’âme d’une nation » à travers ses services secrets.



Richard Burton dans L'Espion qui venait du froid de Martin Ritt

Le Service lui en voulut de décrire ses agents dans L’Espion comme des brutes, des assassins  et des incompétents. Mais il s’en trouva un haut gradé pour qualifier l’opération mise en marche dans le roman « de la seule… d’agent double qui ait jamais marché ». Rendant visite au siège du renseignement en Bavière 10 ans après la réunification de l’Allemagne, Le Carré note  que tous les services d’espionnage se créent une mythologie mais que les Britanniques demeurent champions en la matière.
Le Tunnel aux pigeons est principalement tissé d’anecdotes suaves, bien choisies, ancrées dans leurs contextes, narrées avec humour et commentées avec bon sens, hauteur, sobriété et finesse. Elles jettent des lumières sur les divers milieux et les diverses personnalités  fréquentés ou simplement croisés. Le diplomate, l’espion, l’écrivain, l’auteur porté au cinéma, l’enfant, le fils, le collégien produisent tous leurs souvenirs. Le Beyrouth du début des années 1980 a droit à 4 chapitres et l’on assiste à un nouvel an avec Arafat et à une nuit pittoresque à l’hôtel Commodore. Le « sublime et imprévisible » Richard Burton, le « vaillant et amer » Martin Ritt, Alec Guinness avec ses fines observations et « sa franche camaraderie », Stanley Kubrick et ses manies font l’objet d’esquisses judicieuses. Les personnes, institutions, agglomérations du vaste monde, là où le romancier a puisé ses héros et ses atmosphères, sont montrées. Parmi les anecdotes les plus amusantes,  celles où le prestigieux auteur est invité par les grands de la politique pour impressionner et où il découvre qu’il n’est ni repéré ni connu ; celles aussi où le journaliste qui l’interroge ne l’a pas lu ou le considère comme un écrivain de second ordre, mais tient à son avis sur son premier tapuscrit.


John Le Carré et Alec Guinness interprète de Smiley 

Les histoires ne sont pas relatées dans l’ordre chronologique, mais la narration révèle, par sa séduction, une maestria somptueuse. Le portrait du père, fictionnel dans Un pur espion (1986), est gardé pour la fin. « Un escroc de haut vol doué du terrible don d’inspirer l’amour aux hommes comme aux femmes ». Là est peut-être la clef de la vie et de l’œuvre, s’il en est une.    

         

LE PHILOSOPHE DE CAMBRIDGE À LA PORTÉE DES NON-INITIÉS






Rola Younes: Introduction à Wittgenstein, Collection Repères, La Découverte, 2016, 128 pp.
Que la collection Repères des éditions La Découverte consacre un volume à un philosophe, que celui-ci soit l’hermétique ou difficile  Wittgenstein rebelle aux vulgarisations de sa pensée, que l’Introduction soit d’une louable clarté et de grande utilité, que l’auteure en soit la libanaise Rola Younes, enseignante à l’USJ, voilà qui ne peut que ravir.
Après un premier chapitre bien fourni sur la vie, les lectures, les relations (Russell, Moore, Keynes), les écrits de Ludwig Wittgenstein (1889-1951), Younes combine approches chronologique et thématique en divisant son ouvrage en 2 parties de 2 chapitres chacun. La première concerne le premier Wittgenstein, celui du Tractatus logico-philosophicus (1921) et les effets de sa pensée sur l’éthique, la religion et l’esthétique.  La seconde le Wittgenstein des Recherches philosophiques (1953) et les conséquences sur l’épistémologie de quelques disciplines(anthropologie, psychanayse…). Des encadrés sur certains points (le suicide comme problème éthique, son rapport au Cercle de Vienne, la religion dans sa vie personnelle, son altercation avec Popper en 1946…) tirent l’ouvrage du coté du vécu.
Précise dans le détail, l’auteure contourne le débat des écoles wittgensteiniennes qui insistent soit sur la rupture soit sur la continuité du philosophe de Cambridge : il aurait d’abord proposé une théorie métaphysique de la connexion entre le langage et le monde puis se serait contenté de décrire les pratiques linguistiques réelles. Son exposé introduit à une meilleure intelligence de propositions sibyllines comme : le monde est « la totalité des faits, non des choses » ou « ce qui peut être montré ne peut être dit »…L’éthique, l’esthétique, Dieu ne peuvent être objets de « propositions » parce qu’elles relèvent de ce qui est « supérieur » au « monde » de « ce qui arrive ».
En conclusion, Younes, à la suite de Bouveresse, montre que Wittgenstein, contre Deleuze,  répond au critère deleuzien de la philosophie : la création de concepts. L’Introduction à plus d’un titre mérite d’être lue.     

Saturday, 31 December 2016

فسحة إهدن الحلوة

           



مقدمتي لكتاب تيريز دحدح الدويهي "بين النعاس والنوم" الصادر عن شرق الكتاب، بيروت، 2016


           تأخذك قراءة نصوص تيريز دحدح دويهي، فتكتشف فيها عالماً لا يختلف كثيرا عن عالمك، لكنه مرسوم السمات، واضحها، غير قابل للإمتزاج أو المقارنة. عالم يقوم على ثنائيات: أهدن وزغرتا، البلدة وطرابلس، الماضي والحاضر، الرجولة والعواطف الحميمة ، الطفولة والكهولة، القديم والجديد، الحدّة والطيبة...لكنه عالمٌ له تآلفٌ خاص به يتولّد منه، ويتولّد مما أودعته فيه الكاتبة من حياتها وفنها ومزاياها بدون ادعاء أو تكلّف.
تتسآل: ما هوية النصوص هذه؟ هل تدخل في باب الوصف أم الذكريات أم الوجدانيات أم المرويّات أم التاريخ ؟ ما سرّ هذه البساطة وأين يكمن سحرها؟ وتجد نفسك مرغماً على الإقرار بأدب خفيّ ظاهر في كتابة أقرب ما تكون إلى الشهادة. هنا، حقاً، مجموعة من الشهادات عن الذات والأهل والأقارب والتقاليد. عن المدرسة الداخلية بين بساتين الليمون على طريق الميناء. عن "الفعالة السوريين" وتشرّدهم وقصص حبهم وأشكال تعاونهم... شهادات تشهد دقّتها على أمانتها، وعاطفتها على صدقها، ومروياتها ومكنوناتها على نبلها وترفّعها. يُختصر أدب الكاتبة  كله في كلامها عن الكبّة الزغرتاوية:  "تبتعد عن الإسفاف في المطيّبات من غير البصل والبهار، قليلة العناصر، أنيقة".
ليست النوستالجيا ما يملي على تيريز كتاباتها، بل تعبق النصوص بها، تجدها في الزوايا وفي القلب،  إلا أن الغلبة للعيش.  ما زال الماضي حاضرا في الوجدان والعادات، وهو ما قام الحاضرُ عليه. لكن الحاضر، بما هو حركة ودفق، تصميم وتشدّد، آفاق مفتوحة وملذات ودموع،   يضمّ الماضي إليه ويتوسّع به. يفيض الحاضر بالمهمات، فيستحوذ أبعاد الزمان كلها. " ليست المرة الأولى التي أسمع فيها هذه القصّة. لكنني أدركت اليوم ومتأخرة، ربما، أني أسمع قصّتي أنا".  مشيئة القدرة في التأليف تعكس مشيئة القدرة في الحياة اليومية وتشكل لها امتداداً.
ترسم لك المقالات الواحدة تلو الأخرى لوحة تاريخية لأجيال ثلاثة، فترى الصعود الاجتماعي لأبناء بلدة في جبل لبنان الشمالي. تلمس بالإصبع الكدّ والجدّ والعمل على الذات. تشهد التفاصيلُ الدقيقةُ والغنيةُ على صدق الشهادة، فلا مكان للتبجّح ولا إرادة للترويج الإيديولوجي. نشأ المعلم عساف في بيت ينام فيه تسعة أولاد على أربع فرشات "شقع" تُفرش في الليل وتُلفّ في النهار.لم يترك والده جِرس اللباس "العربي": الشروال واللبّادة . عمل عساف مكاريا ومقصّباً للحجر ثم انتقل إلى البناء وتنفيذ المشاريع الحكومية بمهارة الطوبوغرافي الجامعي وأصر على تعليم أبنائه "العلم الكافي" عند "الأجانب"  وأوصلهم إلى جامعات الطب وغيرها  .
       "ما سرّ هدوئهم؟ كيف السبيل إليه؟ مرّت بهم حرب "الأربتعش" والحرب الثانية وحوادث      زغرتا من أولها إلى حادثة إهدن في آخر أيامهم، إلى الفقر والتعب المضني والسعي الدائم وراء اللقمة المغموسة بعرق الجبين. رضوا بقسمتهم في هذه الدنيا وأمنوا لربّهم يوزّع بالعدل في دنيا الحقّ. لا عجب أني اكتفيت بصورتهم دون صور سائر القديسين!"
لا يقع قارئ الكتاب فيه على صعود الأجيال وحسب ، بل يجد داخل طيّات صفحاته  صورة حية لكل شخصية من الشخصيات ولأساليب تعاملها ولقصص عشقها وتديّنها ولأنواع ظرفها ونكاتها. وأي وصف هذا لمرض الألزهايمر بمراحله الصعبة؟ وأي مقارنة هذه لأنوثتين وشيخوختين!
وفي الشهادات إطلالات اتنوغرافية محبوكة بالسرد حبكاً عفويا وتطلّ على دُنى غابت بسرعة وعلى معتقدات وممارسات سُجل لها البقاء. " إهدن بتمجّد اسم الخالق".
تقرأ نصاً لتيريز دحدح  دويهي يدور حول موضوع، فترتحل مغتبطا من لقطةإلى أخرى، من التفصيل إلى اللوحة، من الذاكرة إلى الإحساس، من الواقعة إلى التحليل، من المشاهدة إلى الانفعال، من الأسطورة إلى التاريخ ... كأن عالمها عالمٌ من المرايا ينعكس عبره الخارجُ في الداخل والداخلُ في الخارج وقد تلوّن كلاهما بأقاويل الأهل وأرائهم وبالتراث.
تغادر الكتاب فلا تغادرك العطور والدروب، ويبقى الغسيلُ المنشور باتقان على حبل بين شجرتي الأسكدنيا والليمون عالقا في مقلتيك. وتبقى أمنيتك أن يتربى النشءُ الصاعدُ على هذه الشهادات.

جديتا في 4 أيلول 2016
          
                                                     فارس ساسين

Friday, 2 December 2016

ENTRE HELLÉNISME ET ARABISME, UN QUATUOR VIGOUREUX






Basma Zerouali: Le Quatuor de Beyrouth, Geuthner, 2016, 2016, 326 pp.          
        Dans Cités à la dérive, la belle trilogie romanesque de Stratis Tsirkas, parue dans les années 1960,  on voyait les grecs d’Egypte vivre, aimer et lutter à Jérusalem, Le Caire et Alexandrie durant la seconde guerre mondiale et ses suites. Avec Le Quatuor de Beyrouth, au titre si suggestif, l’intérêt se porte sur les grecs du Liban et de la Syrie dans les décennies qui précédèrent, celles qui préludent à la chute de l’Empire ottoman, où l’on assiste à sa plus sanglante époque et à la naissance des Etats qui prennent sa place. Les grecs d’Egypte ne trouvèrent pas dans le pays d’accueil une communauté proche d’eux et formèrent un bloc compact ; ceux de Bilâd al-Shâm, arrivant par vagues étalées, se joignirent par l’éducation et les alliances matrimoniales, à leurs coreligionnaires rûm orthodoxes  au point de perdre leur « visibilité » quand leur nom ne les distinguait pas.
          Le quatuor en question est formé de deux hommes et de deux femmes, de deux fiancés et d’un frère et d’une sœur. Ils sont d’origine grecque ou ont un ascendant grec dans leur lignée.  « Quatre destins singuliers entre hellénisme et arabisme » qui se sont croisés à Beyrouth. L’esprit de la Nahda, l’anti ottomanisme et un journalisme d’avant-garde, de combat et de libération les associent.   
          Petro Paoli naît à Beyrouth dans une famille grecque en 1882. Après des études dans diverses écoles orthodoxes, il se lance dans le journalisme de langue arabe qui prolifère après la révolution de juillet 1908 : al-Watan, al-Wahda, al-Muraqîb. Dans l’état actuel des recherches, on ne peut ni repérer ses articles ni en suivre l’évolution. Mais une flamme révolutionnaire lui est imputée et il passe de l’appui aux jeunes turcs à l’animosité contre l’Empire. Arrêté à de nombreuse reprises après l’entrée de la Turquie en guerre en novembre 1914, considéré tantôt comme un citoyen grec, tantôt comme un sujet ottoman, il fait le tour des  prisons (Damas, Alep, Urfa, Qonia, Smyrne) avant d’être condamné par la cour martiale d’Aley à la peine capitale. Le courage dont il fait preuve durant son exécution le 6 mai 1916 est passé dans la légende : il raille ses bourreaux, crie haut ses convictions et repousse l’escabeau de ses propres pieds.
                  Marie Ajami (1885-1947) dont le grand père maternel est grec naît à Bab Touma (Damas) dans une famille vivant de la fabrication et du commerce des textiles et originaire de Hama.  Elle fréquente des écoles irlandaise et russe, enseigne à Moallaqa, près de Zahlé, s’inscrit à l’école d’infirmières du Syrian Protestant College (future AUB de Beyrouth), rejoint l’Egypte où elle travaille et rend visite à ses frères. Dès 1907, elle fait paraître des articles dans une revue beyrouthine. En décembre 1910, elle fonde la revue al-Arûs (la jeune mariée), premier périodique édité par une femme à Damas : « Revue féminine, scientifique, littéraire, de santé, humoristique ». Sa publication s’interrompt à l’automne 1914, reprend en octobre 1918 (avec un entretien enthousiaste avec l’émir Faysal) et s’arrête en 1926. Elle fut la fiancée tragique de Petro Paoli, lui rendit des visites en prison, entreprit des démarches auprès de Jamal Pacha pour le sauver, perpétua sa mémoire dans sa revue.     
Constantin Yanni (1885-1947) naît à Beyrouth et étudie à l’Ecole nationale de Baabdat. Il considère Amine Rihani, l’écrivain déjà consacré, comme son maître et les deux hommes s’écrivent. En 1905, à peine âgé de 19 ans, il devient rédacteur en chef de la revue grecque orthodoxe de Beyrouth al-Manâr. Quatre ans plus tard, on le retrouve à Homs chargé du premier journal imprimé de la ville et portant simplement le nom de la cité. Parmi les signataires des articles, quelques futurs martyrs de 1916. Il échappe « par miracle » au destin de Petro Paoli, fuit en Egypte et rejoint le combat du chérif Hussein contre l’armée ottomane. Il reste 9 ans au Hijaz et demeure fidèle au chérif de la Mecque devenu roi et proclamé caliphe (mars 1924). Mais à l’abdication de celui-ci, il réapparaît en kéfié et ‘abayé à Haïfa et retourne définitivement à Beyrouth.
        La seconde Marie (1890-1975) est la sœur de Constantin Yanni et une fervente admiratrice de la première dont elle devient l’amie ; entre elles, les échanges sont permanents. Elle fonde à Beyrouth en pleine guerre Minerva (septembre 1916-mars 1917) « revue de littérature, d’art et de société. » La publication reprend le 15 avril 1923 et plaide surtout pour une nouvelle condition de la femme. Au cœur de son sentiment national libanais, la fibre grecque est toujours présente. Elle se marie le 15 mai 1926 et part pour le Chili où l’amour des lettres ne la quitte pas ; elle exige de revenir tous les 6 ans dans sa patrie. Après son départ, Constantin assure la direction de la revue.
          L’auteure Basma Zerouali dirige à l’Ecole française d’Athènes un programme de recherche sur la Grèce et le monde arabe. Elle a abondamment enrichi son ouvrage d’illustrations dont on regrette la qualité moyenne et la mise en pages sans grande originalité ; mais il faut l’avouer, les temps sont durs. Nous lui saurons gré d’avoir réussi à écrire un livre qui se lit de bout en bout malgré des pistes inattendues et parfois inopportunes et les lenteurs de quelques entretiens à pertinence marginale. Sa passion, elle a su la communiquer  en donnant une large place aux péripéties de la recherche qu’elle a menée, au génie des lieux évoqués et à cet ample jeu avec le temps passé et présent.     

Wednesday, 2 November 2016

الحوار في الفكر الغربي







     الكلام على الحوار في الفكر الغربي- دون تحديد ميدان من الميادين - واسع إلى حدّ استحالة الغوص فيه. وهو إلى ذلك عديم الجدوى لصعوبة استخلاص العبر منه. لذا يدور بحثنا بمجمله على الحوار في الفلسفة، ولن نقول الفلسفة الغربية لما في العبارة من تحصيل حاصل. الفلسفة في أساس الغرب، وهي شملت في الأصل كل العلوم، وتتماهى مع الغرب لأنها تدرك ما للحرية فيه من بعد تكويني، وتدرك استحالة نشاطها خارج "الدساتير الحرة" كما يقول هيغل.
      ولدت الفلسفة في القرن السادس قبل الميلاد، وشكلت ولادتها انتقالا للتداول الحر في الأمور الحياتية والسياسية إلى الميادين البحثية وامتداداً له. أدّى نشوء المدن الديموقراطية المستقلة في آسيا الصغرى(إيونيا) وجنوب إيطاليا (اليونان الكبرى)  إلى ظهور ساحات عامة تداول فيها المتساوون الأحرار مسائلَ لم تقدّم عنها المعتقداتُ القديمة والتقاليدُ الراسخة أجوبةً كافية وصالحة، فكان النقاش في التخطيط المدني، وفتح ميدان علم الفلك لجميع فئات المجتمع، و إتاحة بناء رؤى شاملة للكون والطبيعة ل"العلماء" و"الحكماء"... يولد الحوارُ طبيعيا من حرية المواطنين وتساويهم في الحق بإبداء الرأي، وهو يطرح مسألة قواعد حسم الجدال وشروطه، فاتحاً الباب أمام ضرورة الاعتماد المنهجي على العقل وضرورة تعريف العقل.
في إيونيا، كان محور البحث الفلسفي الطبيعة (فوزِس) وماهيتها وانتقالها من الفوضى إلى النظام. في اليونان الكبرى بعد ذلك، تمحصت الفلسفة في العقل مع بارمنيدس  وزينون. ولما قَدُمت الفلسفة إلى أثينا أغنى مدن اليونان وأكثرها رقيّا لجهة "ازدهار الحرية السياسية" في القرن الخامس ق. م.،  جمعت كل ما سبق من اهتمامات وزادت إليها الاهتمام بالإنسان ("إعرف نفسك بنفسك") مستفيدة من إنجازات المؤلفين المسرحيين والمؤرخين والفنانين والسفسطائيين، معايشة تجربة ديموقراطية هي من أغنى التجارب وأعمقها.
            أفضت إصلاحات كليستينس (حوالى 508 ق. م.) إلى إدخال السياسة إلى الحياة الاجتماعية الأثينية. عالج المشكلة الآتية : كيف يمكن ابتكار نظام يسمح بتوحيد الجماعات الإنسانية التي تفرّقها أوضاع اجتماعية وعائلية وجغرافية ودينية متباينة؟ ما الوسيلة لانتزاع الأفراد من ولاءاتهم القديمة والتقليدية وربطهم بمدينة متجانسة يتساوى مواطنوها ويسهمون جماعياً في إدارة الشأن العام ؟ وكان الحل في بناء مؤسسات ديموقراطية يُغني عملها المنتظم عن اللجوء إلى عبقريّة فذّة (الطاغية) كلما تأزمت اوضاع المدينة .
            أدت إصلاحات كليستينس الى تغيير جذري في النظرة الى الحيّز المديني . لم يعد تنظيم المدينة نتيجة الانتماء الى عشائر بل غدا نتيجة للتوزّع على أماكن. فالقبائل والوحدات الإدارية وقائع ترتسم على خريطة. وفي وسط هذه الخريطة تقع المدينة حيث تتمثل جميع القبائل. وفي وسط المدينة تقوم الأغورا (أي الساحة العامة) حيث يجتمع ممثلو القبائل وحيث يبحثون ويقررون سياسة المدينة . ولهذا المركز مغزى سياسي لا ديني، فهو نتيجة اختيار بشريّ. وتتعادل جميع أقسام المدينة وتتساوى في بعدها منه . لم تعد الكهنوتية نفسها تقتصر على بعض العشائر بل أمسى الكاهن موظفاً يُختار من الجسم المدني . وهكذا، "بينما كان الحكم والسياسة، في دول الشرق الأدنى، من صلاحيات التنظيم الديني، أصبح الدين ، عند الإغريق والرومان، إحدى صلاحيات التنظيم السياسي" (م. فنلي).
            تلخّص الإصلاحات السابقة بكلمتين : العلمنة والمساواة (إيزونوميا). إستقل التنظيم السياسي عن التنظيم الديني واعتبر جميع المواطنين متساوين أمام القانون. طبعا لا العلمنة كانت كاملة، إذ بقي للبيت(المفتوح على السموات والمرتبط بباطن الأرض) طابعٌ ديني، ولا المساواة كانت تامة إذ بقي خارجها النساء والأجانب والعبيد.
في هذا الجو الجديد، عاش سقراط (470-399 ق.م.) محاوراً المواطنين، وأدخل الحوار منهجاً إلى قلب الفكر الأخلاقي والمعرفي أي إلى الفلسفة. سبقه السفسطائيون الذين توافدوا من خارج المدينة إليها لتأسيس مدارس تستفيد من الديموقراطية وتجهّزها بأمضى أسلحتها: إتقان أساليب الكلام وتطوير الحجج المنطقية وذلك بغية الإقناع في المناقشة وفي الهيئات العامة. سبقوه وجايلوه، وكان مثلهم يُعطي الاهتمام الأول للمسائل الإنسانية (لا الطبيعية)، ويضع موضع التساؤل أسس المجتمع والمدينة. لكنه كان في الساحات العامة، وفي الدور، يجادلهم كما يجادل التقليديين الذين يرون في الإرث الاجتماعي ما يفي الغرض. كان يخالف الطرفين. ما أن يتم طرح مسألة بسيطة على النقاش (نرسل أو لا نرسل الأبناء إلى مدرسة جديدة لتعليم فنون السلاح، مثلا) حتى يبيّن سقراط أن الإجابة عن هذا السؤال تفترض الإجابة عن سؤال آخر يسبقه ويحدّد نتائجه. ولهذا السؤال بنية واحدة صارمة: ما الفضيلة؟ ما الشجاعة؟ ما التقوى؟...أي أن المطلوب تعريف الماهية للتوجه في مسالك الحياة.
رفض سقراط التصويت (أو الديموقراطية) منهجاً في حسم المسائل، فهو لا يثبت شيئا ولا يقارب الموضوع. رفض إطلاق الصفة "الطبيعية" على الفضائل. وواجه السفسطائيين في صلب المسائل: ليست مواضيع البحث وقفا على اصطلاح كأن نتفق فيما بيننا، تبعاً للمصالح والأهواء، على تسمية ما يشكل "العدالة" أو "الجمال". للقيم استقلالٌ عن الأفراد والجماعات، فهي تتميز بالكلية والثبات، وتفرض نفسها على الجميع، ولو عجز الفيلسوف، لسبب ما، عن إدراكها أو التعريف بها.
قام اسلوب سقراط في الحوار على مبدأ التوليد maïeutique  الذي يعتبر أن كل إنسان يحوي في ذاته مبادئ الحقّ، وأنه يكفي استجوابه بطريقة صالحة لتبيان هذه المبادئ وتظهيرها. وليست هذه الطريقة في الاستجواب سوى الجدلية dialectique  التي تفضح أوهام الخصم بواسطة تصعيد الأسئلة، وتنقل المتجادلين من الحوار إلى رؤية الماهيات وإدراك ما هو عام وحقّ.
قاد حكم الإعدام الصادر بحق سقراط بتهمتي "إفساد الشبيبة وشتم الآلهة" تلميذه أفلاطون (428-347 ق. م.) إلى رفض أسلوب الحوار مع العامة، وإلى توسيع ميدان الحوار من البنية الأخلاقية والتربوية إلى البنية السياسية. كما قاده إلى التعمّق في مبادئ كل حوار ومعرفة ووجود. ومن حسن الصدف أن تكون مؤلفات أفلاطون التي وصلتنا (كتاباته العلنية دون تعاليمه السرية) هي  على شكل حوارات. أخذت هذه الحوارات أشكالا متنوعة، وحفظت لنا طريقة سقراط في السؤال والجواب (أو عدم الجواب)، ثم خرجت شيئا فشيئا على فكر المعلم لتبني مذهبا شاملا في السياسة والمعرفة والوجود (الحوارات الكبرى). لجأ أفلاطون في مرحلة متأخرة إلى حوار مع الذات، فقام بامتحان نظرية المثل ونقدها في سبيل إنقاذها من التباسات عدة، وتعميق مبادئها، ومحاولة تحديد إمكانية تطبيقها السياسي.
يشكل فكر أفلاطون منظومة متماسكة ويتعدّى ذلك. حواراته مليئة بالاعتراضات التي يمكن أن توجه إلى مقولاته، وأخصامُه (وعلى وجه الخصوص السفسطائيون منهم مثل بروتاغوراس وكلكليس[1] وأثرسمخوس[2]...)  أقوياء في مواجهتهم إياه داخل مؤلفاته. لكن فلسفته بما هي نظام عام للوجود والمعرفة شكلت القاعدة الصلبة التي تحاورت معها سلباً وإيجاباً، مباشرةً ومواربةً، كل الفلسفات اللاحقة بدءا من تلميذه أرسطو الذي سعى إلى تفنيدها في أكثر من ميدان وصولا إلى ماركس ونيتشه اللذين قاما ب"قلب" الأفلاطونية، كما رأى ذلك هايدغر.
نضيف إلى ذلك أن الفلسفة فتحت ميدان حوار يتعدّى الزمان ويناقش فيه كل فيلسوف أياً من الفلاسفة الذين سبقوه في أي عصر من العصور وفي أي مسألة من المسائل. وللتدليل على الأمر، نأخذ نموذجين معاصرين في نقد أفلاطون وردّ الاعتبار لبيريكلس، رجل السياسة الديموقراطي الأثيني (القرن الخامس ق. م.) الذي كنّ له أفلاطون أشدّ العداء. يأخذ كاستوريادس[3]، صاحب نظرية "خلق المجتمع الدائم لذاته"[4]، جانب بيريكلس وبروتاغوراس ضد أفلاطون فهما أسسا السياسة على الإنسان فيما أسسها صاحب حوار الجمهوريةعلى الأونطولوجيا واللاهوت. يشدّد فوكو[5] على مفهوم الباريزيا parrêsia  اليوناني الذي يمكن نقله إلى العربية بعبارتي الكلام الحق dire-vrai وصراحة القول franc-parler. نجد هذا المفهوم في الخطب الثلاث الرئيسية لبيريكلس(495-429 ق. م.)[6]. ولهذا التصوّر أبعاد أربعة: تساوي جميع المواطنين في الديموقراطية وحقّ كل منهم بالتعبير عن رأيه؛ سطوة ascendant قادة السياسة والرأي؛  الكلام الحقّ بما هو إحالة référence إلى  الحقيقة ؛ شجاعة الكلام الصريح في المواجهة وداخل الصراع. وبدون البعدين الأخيرين المعرفي والأخلاقي، لا إمكانية لقيام حكم ديموقراطي.
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في الفلسفة المعاصرة، ومع " المنعطف الألسني linguistic turn " وبموازاته، صار للحوار، بصوَرِه الاجتماعية والعلمية والفلسفية، أبعاد أساسية معرفية وأخلاقية،  لا بل غدا منهجاً ضروريا لتوحيد المجتمعات الحديثة[7]، ولإعادة ترميم العقل، ولردّ العقل إلى مركز صدارته في الفكر الفلسفي. من هذه المنطلقات، تحوّل الحوار (ويشار إليه أيضاً بعبارات "التواصل" و"الفعل التواصلي" و"النقاش"...) إلى موضوع بحث وإلى مرتكز يفرض الخوض في ماهيته وشروطه وقواعده وإملاءاته. أخذ "المنعطف الألسني" شكلين بالغي الاختلاف، واحدهما تأويلي مع هايدغر وغوادامير، وثانيهما لغوي مع فتغنشتاين وأوستن وسيرل، ولكن الشكلين – اللذين يعطيان للغة وأفعالها دوراً حاسماً بين المجردات والأشياء، وعلى حسابها-  تقاربا عند نقطة مهمة: قاد الانتقال من فلسفة الوعي إلى فلسفة اللغة langage  إلى قبلية المعنى a priori du sens على حساب إثبات الوقائع. [8]  فكانت فكرة اعتماد الحوار، عبر منظور معين، لاستعادة الكلية والعقل والحقيقة وهو ما أطلق عليه آبل Apel  وهابرماس تسمية "أخلاقيات النقاش".
لما كان التواصل بين شخصين فعلاً له أوجه ثلاثة: (1) هو يروم التفاهم (2) مع أحدهم (3) حول موضوع، قامت أخلاقيات المناقشة على أربعة افتراضات أساسية :
أولا: ضرورة توافر المعقولية في النقاش، وهو ما يتحقق بتركيب الجمل تركيبا صحيحا يحترم قواعد اللغة المستخدمة.
ثانيا: إحالة محتوى الكلام إحالة صائبة إلى الوقائع المذكورة.
ثالثا: مصداقية الكلام، باعتباره وظيفة لإقامة علاقة مستقيمة ما بين الأشخاص، وتفترض هذه المقولة تطابق الفعل اللغوي مع مستلزمات خطة معيارية معترف بها من قِبَل المجتمع.
رابعا: صدقية ما يُقال بالقدر الذي يسمح به للمتحدث بالتعبير عن نوايا محددة بطريقة صادقة بعيدة عن الكذب والتضليل.
لا يمكننا الدخول هنا في تفاصيل "أخلاقيات النقاش"، وليس الأمر سهلا أصلا، عدا أن النظرية هذه ما زالت قيد الإغناء. نكتفي بالقول إنها في نقطة التقاء اهتمامين:
يسعى الأول إلى التأكيد على "العقلانية التواصلية" المتمايزة عن "العقلانية الأداتية" التي تكلم عليها ماكس فيبر والتي تقيس فاعلية الوسائل في خدمة أهداف سبق تحديدها. "العقلانية التواصلية" تقيم نقاشا حول القيم ذاتها وتسعى إلى تعريفها وإقامتها على أسس صلبة وجامعة.
يسعى الثاني إلى إعادة الاعتبار لأخلاقيات كنط  انطلاقا من تحويلها عبر البراغماتية. يصوغ كنط الأمر المطلق أو القانون الأخلاقي على الشكل الآتي: "إفعل فقط وفقاً للقاعدة التي من شأنها أن تجعلك تقدر أن تريد في الوقت ذاته أن تصير هذه القاعدة قانوناً كلياً". يصبح هذا المبدأ في "أخلاقيات المناقشة": "وحدها يمكن أن تكون سليمة القيم القادرة على الحصول على موافقة جميع الأطراف المهتمة، بما هي مشارِكة في نقاش عمل". نكون قد خرجنا بهذه الطريقة من "الانزواء الترانسندنتالي" إلى التواصل الخارجي دون فقدان الموضوعية. كذلك يصوغ هابرماس القاعدة الكنطية في مبدأ ثانٍ يمكن تبسيطه على الشكل الآتي: يجب أخذ مصالح الأشخاص المتأثرين بالقاعدة قيد النقاش بعين الاعتبار، وكذلك يجب إيلاء أهمية لأحكام هؤلاء الأشخاص على المسألة ذاتها. وهكذا تكون الكلية عند هابرماس لاحقة للنقاش، وليست قبلية سابقة عليه كما عند كنط.
يدرك هابرماس أن فكرَه صالحٌ لتجمع مثالي يمكن أن تتحقق فيه الأخلاق تحققا كاملا. يبقى أن هدف "أخلاقيات النقاش" تقريب النقاشات الواقعية من المثال، وتجنيبها البلاغة والسفسطة. وهكذا لا نكون قد ابتعدنا كثيرا عن حوارات سقراط في القرن الخامس. لكن الحقيقة لم تَعُد ملكَ طرفٍ واحد من 
.الأطراف المتناقشة.
ألقيت هذه المداخلة في مؤتمر فن الحوار الذي نظمه المركز المدني للمبادرة الوطنية ومؤسسة فردريش إيبرت في أوتيل فينيسيا في 18 و19 تشرين الأول 2016.


[1] في حوار جورجياس؛
[2] الجمهورية، الكتاب الأول.
[3] Cornelius Castoriadis: La cité et les lois, Ce qui fait la Grèce, 2, Séminaires 1983-1984, Seuil, 2008.
[4] L'autocréation permanente de la société
[5] Michel Foucault: Le courage de la vérité, Le gouvernement de soi et des autres II, Cours au Collège de France. 1984, Gallimard Seuil 2009.
[6] كما وردت في تاريخ توقيديدس لحرب البلوبونيز.
[7] يرى هابرماس أن مفهوم الفضاء العموميespace public يمكنه وحده، داخل البنى المعقّدة لمؤسسات الحداثة ، " توحيد ما هو مختلف دون تسطيح الاختلافات" وتشكيل لبّ الديموقراطية والعمل على الاندماج الاجتماعي.

[8] Habermas: Vérité et justification, Gallimard, 2001, p. 12.