Wednesday, 25 December 2013

VERDI ET WAGNER, LE PAS DE DEUX SIÈCLES




Timothée Picard: VERDI-WAGNER Imaginaire de l’opéra et identités nationales, Actes Sud, 2013, 323pp.

          L’année 2013 a été l’occasion de célébrer le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner (1813-1883) et Giuseppe Verdi (1813-1901) les deux créateurs qui ont réussi à résumer l’opéra incarnant, le premier, la germanité et le second l’italianité et au-delà le Nord et la Méditerranée. Il suffit à leur musique d’être utilisée dans un film (du Senso (1954) de Visconti[1] à The New world (2006) de Malick  en passant par les œuvres de Werner Herzog[2], F. Ford Coppola[3], John Boorman[4]…)  pour projeter sur lui un «effet d’opéra »[5].
          Afin de donner une idée concrète du travail riche et passionnant de Timothée Picard, partons de trois œuvres qu’il intègre dans son exposé historique. Parmi bien d’autres littéraires ou spéculatives auxquelles il se réfère, chacune a sa place et sa signification.
          Dans la nouvelle de Pirandello « Musique d’autrefois » (1910), un vieillard revient à Rome après des années d’absence et désire rencontrer son amour de jeunesse. Mais une fois chez elle, il découvre que non seulement sa fille, aspirante cantatrice, mais toutes les personnes qu’il a aimées autrefois et elle même, se sont converties à l’école de la musique ‘bruyante et dissonante’ de Wagner et n’apprécient plus « les divines mélodies de la musique italienne la plus pure» qui faisait le délice de leur salon. Que d’autres peuples aiment leur musique, le visiteur le comprend. « Mais nous ? Nous avons la nôtre, Paisiello, Pergolèse, Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi… » Le maître de musique allemand présent réduit tout cela à  une tradéridéra (facile rengaine). Toutefois touchée par l’affliction du vieillard, la jeune fille commence à lui chanter une des arias qu’il affectionne. Mais la réprimande du maître au beau milieu du chant : Tradéridéra ! a raison de celui-ci et du cœur faible du vieil amant. Identités nationales, Verdi perçu comme un musicien du passé et Wagner comme musicien de l’avenir, invasion de l’Italie par le wagnérisme au début du XXème siècle,  mélodie et bel canto opposées à la puissance et à l’harmonie, place particulière des vieillards dans l’imaginaire verdien qui en regorge…tout cela passe dans cette nouvelle.












          La « Tettòn » surnommée ainsi en raison de son décolleté avantageux est l’héroïne de L’Adalgisa (1944), nouvelle de Carlo Emilio Gadda. C’est une diva des faubourgs, épanouie et vite fanée dans les bas quartiers. Son public ne se trompe pas sur son talent, mais « chacun se reconnaît pourtant dans son histoire, vibrant à l’unisson quand elle ‘crache ses tripes’ sur scène- en particulier dans le rôle de Violetta. »[6]. Modestes aptitudes de la cantatrice, carton-pâte du décor opératique, public aux humeurs repoussantes…rien n’empêche  le passage d’un courant enchanteur et l’accession du peuple par le chant à l’émotion et la vérité. Dans cette œuvre de Gadda se lit la capacité de l’opéra à avoir un vaste public et à ne pas se restreindre à des spectateurs cossus. L’idée d’un opéra populaire se trouve à l’origine de l’entreprise de Bayreuth; les symbolistes s’y rendaient pour une initiation, mais l’effet voulu ne fut pas atteint avant même la récupération nationaliste. Actuellement, la popularité de Wagner perce par le cinéma où il est bien plus présent que Verdi. Quand, par contre, Moravia parle de la « vulgarité » de ce dernier, c’est pour en faire une vertu capable de faire retrouver aux Italiens du XIXème siècle les valeurs de la Renaissance. Le terme « peuple » et ses dérivés se répètent beaucoup dans les discours sur les deux auteurs tout en n’ayant pas sans doute la même acception. Mais le carcan élitiste a connu son heure et le public de l’opéra s’étend de jour en jour.
          La troisième œuvre est Concert baroque (1974), court roman du cubain Alejo Carpentier, qui narre la réunion en plein carnaval, à Venise, en 1710 du vénitien Vivaldi, du napolitain Scarlatti et de l’anglo-saxon Händel un peu éméchés et s’injuriant en présence de nonnes pour se recueillir au matin sur la tombe de Stravinski[7] puis regarder passer la gondole funéraire de Wagner[8] avant de se séparer sur le son de la trompette de Louis Armstrong. Si nous la retenons, c’est que, fiction inventive, elle donne un avant goût, mais un avant goût seulement, et pauvre en regard, de cet amas de représentations conceptuelles et littéraires auxquelles a donné lieu la dualité Verdi-Wagner tout au long de deux siècles. Force et vanité des discours sur la musique, comme dit l’auteur!  
Dans VERDI-WAGNER Imaginaire de l’opéra et identités nationales,  Timothée Picard traite son riche matériel en divisant l’ouvrage en actes (Quatre avec Prologue et Epilogue) et en scènes. Cette présentation opératique n’amène pas un ordre parfait, mais elle a sur les autres la supériorité de donner au livre ce que Michel Leiris, verdien convaincu souvent invoqué, aime dans l’opéra : le coté « festif, joyeux, bigarré, presque carnavalesque ». Les intermèdes intercalés entre certaines scènes servent à poser les questions pertinentes et à retenir l’ouvrage sur le bord spéculatif.






Les deux mots dont nous avons notés le continuel retour sont ceux d’ambiguïté et d’ambivalence, comme si chaque opinion cachait son contraire, comme si l’éloge cachait la critique ou l’inverse. Par ailleurs, il y a une chasse perpétuelle aux lieux communs dont l’époque ne fut pas avare (lier un pays à une musique ou à un compositeur…), lieux communs devenus comme « les réflexes de notre imaginaire ». Aussi, est-on doublement surpris : quand on trouve des catégories « pertinentes et simplificatrices » dont aucune (ni l’opéra, ni la modernité) n’échappe au devenir historique ; quand les stéréotypes éclatent : le mouvement Verdi Renaissance est parti d’Allemagne en 1920 ; aujourd’hui Verdi est plus joué en Allemagne que Wagner ; suivant Nietzsche[9] et Thomas Mann[10], c’est la France[11] qui a le mieux compris Wagner ; à l’heure où Romain Rolland expliquait que Berlioz était le modèle du musicien français[12], Debussy affirmait qu’il n’était ni français ni musicien !…        
Né autour de 1975, Picard appartient à une génération où l’opéra avait déjà retrouvé la faveur populaire. Il montre que présentement et à tous les échelons (mélomanes, interprètes, directeurs d’orchestre, metteurs en scène…) la dualité Verdi-Wagner,  encore qu’elle se manifesta surtout dans la théorie et au détriment du premier, n’est plus. Vive la Musique et vive l’Opéra !



*Timothée Picard a très bien montré la richesse en mélomanes des générations culturelles françaises qui vont de Balzac et Stendhal à Dominique Fernandez en passant par Baudelaire, Proust, Gide et Cocteau…Nous regrettons cependant l’absence totale de Pierre-Jean Jouve, ni wagnérien ni verdien mais amateur de Mozart et d’Alban Berg. Nous sommes aussi étonnés par celle au cœur du sujet de Claude Lévi-Strauss, ardent wagnérien. Mais comme dirait T. Picard, nul ne peut être complet.

Une version allégée de cet article paraît dans L'ORIENT LITTÉRAIRE de Janvier 2014.

     
    



[1] Sans oublier bien sûr la valse verdienne du Guépard, et les œuvres wagnériennes des Damnés et de Ludwig…
[2] Aguirre ou la colère de Dieu (1972), Fitzcarraldo (1982).
[3] Apocalypse Now (1979) et la contestable chevauchée des Walkyries accompagnant l’attaque des hélicoptères au Vietnam..
[4] Deliverance (1972) , Excalibur (1981)
[5] “Remonter le fleuve poussé par la quête illusoire d’un quelconque Eldorado, chercher l’innocence et se retrouver finalement confronté au mal à l’état pur : tel est le point commun de ces œuvres et de ces artistes placés sous le signe de Wagner. » p. 31.
[6] P.  128.
[7] Verdien et antiwagnérien notoire.
[8] Wagner est mort à Venise “d’une fellation ancillaire » suivant l’expression de Michel Leiris in Opératiques.
Sa rencontre plus ou moins prévue avec Verdi dans cette ville n’aura pas lieu. Par ailleurs, la vie de Wagner est divisée par ses amis et ennemis en 3 épisodes : le révolutionnaire sur les barricades de Dresde et l’artiste désargenté de Paris ; la période de Bayreuth et de Louis II de Bavière ; la mort à Venise.
[9] Comme l’affirme Furtwängler (Le Cas Wagner : critique du livre de Nietzsche, 1941) tous les ennemis de Wagner ont puisé dans le pamphlet de Nietzsche.
[10] De La Montagne magique (1924) où Wagner est présent à tous les niveaux (thématiques et formes) aux écrits ultérieurs, le point de vue de Thomas Mann (1875-1955) ont changé en raison de l’influence de Nietzsche et du devenir politique de l’Allemagne.
[11] Pour Baudelaire qui a donné le la, la musique de Wagner mêle inextricablement jouissance érotique et extase religieuse. Du poète à Aragon et Leiris qui ont réhabilité le bel canto et Verdi, le « Dieu »Richard Wagner a dominé la scène culturelle française avec parfois certaines réserves.
[12] A la suite de Rousseau, beaucoup ont considéré la France comme une nation non musicale adonnée aux débats d’idées et important ses musiciens (Lully, Glück, Offenbach…). Ce qui n’empêchaient pas certains de trouver par exemple Glück trop français ou pas assez…

Friday, 6 December 2013

LA PALESTINE PHOTOGRAPHIÉE PAR L'ÉCOLE BIBLIQUE DE JÉRUSALEM








LA BANALITÉ DU BIEN...
 ET SON INVOLONTAIRE BEAUTÉ

Elias Sanbar (direction): Jérusalem et la Palestine, Le fonds photographique de l’École biblique de Jérusalem,  Hazan, 2013, 200pp.


          Loin d’être, ou d’être seulement, un album d’images nostalgique de la Palestine et de Jérusalem avant la Nakba de 1948, l’ouvrage que vient de diriger Elias Sanbar autour de photos choisies (près de 200, la plupart inédites) du fonds unique de l’École biblique de Jérusalem (plus de 15,000) ne peut être approché que par une démarche en colimaçon, proche des excursions de la « caravane biblique » par laquelle l’École, professeurs et étudiants, étendait son exploration de la Ville sainte à toute sa Terre. Il y a les photos à scruter, foyer de l’œuvre; les légendes copieuses à lire pour se doter des instruments indispensables à ce travail exigeant; une carte du fonds photographique révélé arrimée à un historique de l’institution qui s’en est dotée (le texte final de Jean-Michel de Tarragon, chargé de la photothèque de l’École biblique depuis 1994) ; une interrogation de la nature du regard porté par les images montrées (le texte introductif d’Élias Sanbar : Photographier la Terre sainte ?) ; enfin trois études historiques, riches et sereines, d’auteurs chevronnés sur la période dévisagée qui se reflète dans les photos. Mais si le déplacement continuel d’une instance à l’autre prend le lecteur dans une quasi tourmente, on peut dire, sans exagération aucune, qu’il est à la fois stimulant, plein d’enseignements et fécond.
          L’École biblique et archéologique de Jérusalem est un petit institut de recherche fondé en 1890 par le père Lagrange dans le couvent Saint-Étienne acquis par les pères dominicains en 1882, à 300 mètres au nord de la muraille de Jérusalem. Calquée sur le modèle sorbonnard de l’École pratique des hautes études, elle cherchait à étudier la Bible en son contexte physique et naturel et initiait ses étudiants, par des excursions régulières et sur le terrain, à des disciplines diverses (épigraphie, archéologie, géographie historique…) Sa pratique photographique, dans une perspective positiviste et une grande maîtrise des thèmes abordés,  fut « celle d’autodidactes pour ce qui est de la technique ». La visée scientifique à usage interne et au service de publications effectives ou envisagées prédominait et n’était qu’involontairement artistique, suivant la sensibilité et la culture des pères photographes. Le fond appartient aujourd’hui à la communauté dominicaine et est constitué essentiellement de plaques de verre, la plupart en négatif. Une mine inépuisable pour la prospection de ces décades capitales.
          La première des études historiques signée Salim Tamari, professeur de sociologie et d’histoire sociale à l’université de Bir Zeit, examine l’émergence de l’espace public urbain en Palestine. L’auteur l’envisage à partir de trois villes étroitement liées dans la planification : Jérusalem, capitale régionale, Jaffa, ville portuaire et Bi’r al-Sab‘, ville garnison. Il montre, à la suite d’André Raymond et de Zeynep Çelik, que les plans urbains britanniques, de 1918 à 1930, s’inscrivent dans le sillage de plans ottomans modernisateurs encadrés par l’ordonnance de 1877. Tout en intégrant le devenir palestinien dans l’ensemble des provinces de l’Empire (Beyrouth, Smyrne, Damas…), l’étude met en relief le double statut - périphérique et capital - pris par la Palestine pour l’administration d’Istanbul dans la foulée des Tanzimat (réformes) et la nouvelle politique centralisatrice. De grandes places furent créées en vue des défilés militaires et des cérémonies impériales ainsi que des espaces de loisirs pour la bourgeoisie. Les lignes de séparation entre domaines privé et public explosèrent. « Le processus de croissance engendra des disparités, tant au sein des villes qu’entre leurs régions respectives ». À travers les images qui accompagnent le texte ou le suivent, le cours des choses est palpable.
          La deuxième étude - due à un autre universitaire de Bir Zeit, Nazmi Al-Jubeh, - est centrée sur Jérusalem. Elle montre le retour, « sept siècles après les croisades », de l’architecture occidentale dans la ville avec la fin de la guerre de Crimée (1856) et la prépondérance des puissances européennes. «Églises, couvents, écoles, hospices, auberges firent leur apparition, modifiant l’aspect de la ville, occupant les parcelles laissées vides après les tremblements de terre, aux XVIIe et XVIIIe siècles notamment. » Deux villes naissent côte à côte et un transfert de population a lieu, les juifs quittant la vieille ville pour un nouveau quartier à l’ouest exclusivement leur. Les tensions qui naissent alors n’ont pas lieu uniquement entre les communautés, mais à l’intérieur de chacune (ashkénazes et séfarades, juifs qaraïtes, juifs yéménites qui s’installent au village palestinien de Silwan…) Le « savant mélange de styles » intégrant des éléments locaux et employant exclusivement la pierre de Jérusalem qui caractérise les nouvelles constructions trouve une place de choix dans les photos.
          Le pèlerinage annuel (mawsim) au sanctuaire musulman du Nabî Musâ, situé à 27 km de Jérusalem et non reconnu par les deux autres religions, est l’objet d’une étude de l’anthropologue Emma Aubin-Boltanski. Elle en montre les tenants familiaux (place prépondérante des Husseini) et décrit sa dérive en événement politique (1911 et 1920). Des images nombreuses et superbes au texte argumenté, le passage est limpide et direct.

          Il n’est que naturel de finir par où le livre commence : l’interrogation d’Elias Sanbar, radicale dans son principe, simple dans son aboutissement. « Qu’est-ce qu’une image de la sainteté ? » La réponse est cinglante, humaine, profane, prosaïque et poétique : à travers le prisme austère et fidèle des dominicains, la Palestine est « le pays simple des gens simples » saisis dans leur « banalité ordinaire ». Qu’y a-t-il de plus attachant ?         

Saturday, 9 November 2013

ما الفلسفة؟ : (2) الولادة




         


       الفلسفة عبارة يونانية ، والسؤال "ما الفلسفة ؟" بما هو سؤال يسعى إلى ادراك الماهية، هو ايضاً سؤال يوناني. وهذا السؤال ، في صيغته هذه، هو ما يحوّل سقراط إليه سائر الاسئلة ، وما يطرحه باستمرار على محاوريه : ما الشجاعة ؟ ما الفضيلة ؟ ما التقوى؟... أفلاطون في حواراته، وأرسطو في فلسفته ومنطقه، هما بعد سقراط، الدليلان المرشدان على دروب الماهية : ما الجمال؟ ما العلم ؟ ما الوجود ؟ ما العلة ؟ ما الحركة ؟ ما الجوهر؟

        للفلسفة اذا بطاقة هوية تحمل مكان ولادتها وزمانه .
المكان : المستعمرات اليونانية في آسيا الصغرى، او ما اطلق عليه الاغريق القدامى اسم إيونيا.
الزمان : القرن السادس قبل الميلاد.
        فما العوامل التي ساعدت على ولادة الفلسفة في ذاك الزمان وذاك المكان .

1-   اللغـة اليونانيـة

        كانت اللغة اليونانية مؤهلة أكثر من غيرها ، لتحديد المعاني وتوجيه التفكير إلى تحديدها تحديدا وافياً ولتنظيم التجربة تنظيماً منهجياً . ونورد، على سبيل المثال، عاملين[1] هيآ اللغة اليونانية للتفكير الفلسفي :
        أ- وجود عبارة توازي "ال" التعريف[2] في العربية وتوجّه الانتباه للماهية  : ليس "الإنسان" هذا أو ذاك الفرد انما هو ماهية عامة . وفي اللغة اليونانية تتحول الصفات بسهولة الى اسماء متى زيدت إليها "ال" التعريف. فالمثل الافلاطونية مثلا نعوت أصبحت اسماء (العادل، الحسن، المعادل...)
        ب- وجود فعل أون  (ôn, to be, être) الذي يربط الاسم بالصفة والمبتدأ بالخبر[3]. ولهذه العبارة معانٍ عدة (الوجود، الكائن، الهو) مما يفسر الى حدّ ما تعدّد الفلسفات السابقة لسقراط (الوجود هو في نظر الإيونيين الكمية، وفي نظر بارمنيدس الماهية، وفي نظر الفيثاغوريين العلاقة، وفي نظر الذريين الحيّز...). والوجود صفة يمكن اطلاقها على جميع الأشياء مما يتيح لارسطو تحديد الفلسفة : "علم الوجود بما هو موجود ". ولا يمكن تصوّر الأسئلة الجذرية التي طرحها افلاطون خارج هذه العبارة وتداولها : كيف يمكن أن يصدر الوجود عن اللاوجود ؟ (مشكلة التغيير). كيف يمكن للكائن أن يظلّ هو نفسه وأن يكون مختلفاً عمّا هو ؟ (كيف يمكن أن أقول : "سقراط إنسان" وفكرة سقراط مختلفة عن فكرة إنسان) [4].
        لكن لولا حصول تحوّلات اجتماعية مهمة، لبقيت امكانيات اللغة اليونانية دفينة ولما انتقلت الى حيز التحقق . وأصلاً، لم تعرف كل المدن اليونانية الفلسفة (إسبرطة على سبيل المثال، رغم اناقة لسانها اليوناني، ظلت غريبة عنها) .

2- التحولات الاجتماعية في بلاد اليونان[5] :

        أ- المتغيـرات الاقتصادية :
          كانت اليونان القديمة مجموعة من المناطق تحكمها أرستوقراطيات زراعية . لكن التجارة القائمة على تبادل البضائع عن طريق البحر ما لبثت ان توسعت . مما أدى الى نمو الحرف، من جهة ، والى تطور المدن على حساب الريف، من جهة أخرى . ونشأت مستعمرات عديدة في الجزء الجنوبي الغربي من شاطىء آسيا الصغرى (إيونيا) وفي جنوب ايطاليا (اليونان الكبرى). وكان لهذه المستعمرات عدد لا يحصى من الفروع في شرقي حوض البحر المتوسط والبلدان المجاورة . وليس صدفة ان ينتمي الفلاسفة الثلاثة الاول (طاليس، اناكسيمندرس، اناكسيمينس) إلى مدينة ملطيه MILET الإيونية التي كانت أكثر المستعمرات غنى ونشاطاً في القرنين السابع والسادس ق.م : "ما من مدينة متوسطية جابهت مشاكل أكثر حدّة واستعصاء على الحل في اطار التقاليد المتزعزعة (من ملطية)، وما من مدينة غيرها امتلكت في الوقت ذاته وإلى المدى ذاته امكانية مواجهة هذه المشاكل بتفاؤل دنيـوي"[6].
        وأدّى توّسع التجارة والمستعمرات إلى ايجاد النقد (العملة المعدنية) الذي يعتبره المؤرخون اختراعاً يونانياً يعود الى القرن السابع (مملكة ليديا في آسيا الصغرى). ففي المشرق كانت المعادن الثمينة بضاعة تتميز عن غيرها بصفتين : سهولة التداول والاستمرارية (عدم القابلية للاهتراء والتلف). أما في بلاد اليونان، فالنقد أصبح مرادفاً عاماً لجميع البضائع تقوم السلطة على اصداره وكفالته. ونجم عن هذا الاختراع نتائج عدة :
        1- ساهم في توسيع القطاع التجاري وفي استيلائه على جزء من المنتوجات الاستهلاكية المتداولة. (بقيت الأرض، إلى حد كبير، خارج دائرة الاقتصاد التجاري لأن العمل فيها كان له صفة دينية ولأن معظم الشرائع اليونانية كانت تحظر بيعها).
        2- أوجد نوعاً جديداً من الثروة مختلفاً عن امتلاك الاراضي والمواشي وطبقة جديدة من الأغنياء سوف يكون لها دور كبير في اعادة تنظيم المدينة .
        3- أصبح هناك وسيلة موضوعية، كمية ومجردة، لقياس قيمة البضائع[7].
        4- على الصعيد النفسي، أحدث انتشار المال والفوارق في الثروات صدمة اخلاقية : لما كانت الثروة تحدد اهمية المرء ، ولما كان في الانسان رغبة لا تُحدّ في جمع المال، تسرّب الشك الى فكرة الانسان الفاضل بفطرته.

        ب- التحولات السياسية :

           يقول هيغل : "إرتبط  ظهور الفكر تاريخياً بازدهار الحرية السياسية"[8]. الفلسفة هي وليدة المدينة الديموقراطية وما تطوّرُها المتأخر في أثينا (قياساً على المستعمرات الإيونية واليونانية الكبرى) إلا نتيجة الاصلاحات التي ادخلت على البنية السياسية للمدينة والتي ارتبطت تاريخياً باسم كليستينس .
        بعد اصلاحات صولون (640-558 ق م) الاقتصادية (حلّ مشكلة الديون وتوزيع الاراضي) طرح كليستينس (حوالى 508 ق م) مسائل سياسية . وقد أفضت إصلاحاته إلى إدخال السياسة إلى حياة اليونان الاجتماعية. حاول السياسي الاثيني هذا معالجة المشكلة الآتية : كيف يمكن ابتكار نظام يسمح بتوحيد الجماعات الانسانية التي تفرقها اوضاع اجتماعية وعائلية وجغرافية ودينية متباينة؟ ما الوسيلة لانتزاع الافراد من ولاءاتهم القديمة والتقليدية ولربطهم بمدينة متجانسة يتساوى مواطنوها ويساهمون جماعياً في إدارة الشؤون العامة ؟ يكون الحل في ايجاد مؤسسات ديموقراطية يُغني عملها المنتظم عن اللجوء الى عبقريّة فذّة (الطاغية) كلما تأزمت اوضاع المدينة .
        أدت اصلاحات كليستينس الى تغيير جذري في النظرة الى الحيّز المديني . لم يعد تنظيم المدينة نتيجة الانتماء الى عشائر بل غدا نتيجة للتوزّع على أماكن. فالقبائل[9] والوحدات الادارية وقائع ترتسم على خريطة. وفي وسط هذه الخريطة تقع المدينة حيث تتمثل جميع القبائل. وفي وسط المدينة تقوم الأغورا حيث يجتمع ممثلو القبائل وحيث يبحثون ويقررون سياسة المدينة . ولهذا المركز مغزى سياسي لا ديني[10]، فهو نتيجة اختيار بشريّ. وتتعادل جميع أقسام المدينة وتتساوى في موقعها منه . لم تعد الكهنوتية نفسها تقتصر على بعض العشائر بل أمسى الكاهن موظفاً يُختار من الجسم المديني . وهكذا، "بينما كان الحكم والسياسة، في دول الشرق الأدنى، من صلاحيات التنظيم الديني، أصبح الدين ، عند الاغريق والرومان، إحدى صلاحيات التنظيم السياسي" (م. فنلي).
        وقُسّمت السنةإلى عشرة شهور عملاً بعدد القبائل مما أتاح لممثلي كل قبيلة ان يرئسوا المجلس مدة شهر. واعتمد الرقم 10 (عدد القبائل) لا 12 (عدد الآلهة) في التقسيمات وذلك تجاوبـاً مع انتشار العملة وفي سبيل تسهيل الحسابات .
        يمكن تلخيص جميع الاصلاحات السابقة بكلمتين : العلمنة والمساواة (إيزونوميا). إستقل التنظيم السياسي عن التنظيم الديني واعتبر جميع المواطنين متساويين امام القانون[11].

        ج- التحوّلات الفكرية :
           حصلت ، على الصعيد الفكري، تغيرات كثيرة نذكر منها ولادة ثلاثة علوم: الرياضيات وعلم الفلك والتأريخ بالاضافة إلى مهارة الطب وفن جديد هو السفسطة .
        1- الريـاضيات :
            توصّل الإغريق الى عزل الرياضيات عن المعتقدات الدينية وعن التطبيقات العملية وجعلوا منها علماً مستقلاً متكاملاً (طاليس، فيثاغورس). عرف البابليون والمصريون القدامى الرياضيات لكنها ارتبطت عندهم بالمعتقدات الدينية واستُخدمت في الانجازات العظيمة مثل الأهرام وغيرها دون أن تكوّن علما مستقلا. وسيلعب المنهج الرياضي من الفلسفة دور النموذج إن من زاوية الطابع الذهني المثالي المجرد للمواضيع الرياضـيــة او مـن زاوية اسلوب البرهان الاستدلالي . وسيكتب أفلاطون على باب معهده : "لا يلجن أحد هذا الباب ما لم يكن عالم هندسة"[12].

        2- علم الفلك :
           لم تتخطَ معلومات اليونانيين الفلكية معلومات البابليين مثلاً . لكن ثمة فوارق ثلاثة أساسية بين علم الفلك البابلي و مثيله اليوناني .
           أ- يندمج علم الفلك البابلي في المعتقدات الدينية . فالاهتمام بكوكب الزهرة ناجم عن تأليهه وعن دوره (المفترض) في التأثير في حياة البشر. فموقعه يرشد الى ما سيحصل للافراد والجماعات .
          ب- يختصّ الكتبة بعلم الفلك البابلي ويعملون في خدمة الملك (الرئيس الديني والدنيوي) فيدوّنون ما يحصل على الارض (تفاصيل الحياة الاقتصادية: المحاصيل الزراعية والتوزيع والتبادل...) وفي السماء (حركة النجوم).
        ج- لعلم الفلك البابلي طابع حسابي . يستطيع البابليون التنبؤ بخسوف الشمس لكنهم يعجزون عن تصور حركات الكواكب على النمط الهندسي . فهم لا يهتمون بحركة الكواكب انما بموقعها في لحظة معينة .
        يختلف علم الفلك اليوناني عن الأول :
أ- ينبع الاهتمام بالكواكب من هدف دنيوي: معرفة ما يحصل في سماء نُزِعَ عنها الطابع المقدس وتفسيره.
ب- لما كانت المدينة الاغريقية ديموقراطية، لم يعد العلم محصوراً بفئة معينة واصبحت النقاشات علنية ويطّلع الجميع عليها. كانت الكتابة حكراً على فئة عند البابليين واصبحت وسيلة إعلام أساسية عند الاغريق .
ج- يهتم الاغريقي بحركات الكواكب (وخصوصاً الدائرية منها) لا بمواقعها فقط. نظرته هندسية وليست حسابية .
        كانت النظرة الى الحيّـز عند الإغريق أيام هوميروس كيفية ومعيارية (اليمين اتجاه حسن واليسار اتجاه سيء ؛ السماء عالم الالهة والخلود وما تحت الارض عالم الموت والفساد). فاصبحت لدى الفلاسفة الأولين كمية ووضعية : جميع الاماكن متعادلة ومتشابهة . مثلاً : يعتبر اناكسيمينس أن الكون كروي الشكل وأن الارض في وسطه عمود وجميع نقاط الكرة متساوية في بعدها عن المركز .
        ما هو سبب هذا التحوّل ؟ يلاحظ جان بيارفرنان التوازي بين التحولات السياسية والتحولات الفلكية : الارض والاغورا كلاهما في الوسط، وسط الكون ووسط المدينة؛ جميع نقاط الكرة الكونية وجميع سكان ومناطق المدينة متساوون بالنسبة للمركز .
         3- الطب:
        كتب أبيقراط (450-377 ق م)، وهو الذي عُرفت باسمه 41 رسالة طبّية، في بداية "رسالت(ه) عن داء النقطة" : " أعتقد أن داء النقطة، الذي يُطلق عليه أيضا اسم الداء المقدّس، ليس أكثر ألوهية وقدسية من غيره من الأمراض ، وإذا كان البشر قد أعطوه في البداية أصلا وعللا إلهية، فمن باب الجهل". تلخص هذه السطور النظرة الجديدة إلى الطب والأجسام الحيّة أي المسعى إلى فصل الطب عن الممارسات السحرية والدينية.
        أشهر الأطباء الفلاسفة أنبذقليس. وبين الذين طبع الطبُ فلسفتهم أناكساغوراس الذي اهتم بالتشريح وعلم الحياة وانطلق من الظواهر الطبيعية كعوارض وأرسطو (كان والده طبيبا ) الذي تأثر بعلوم الحياة (العلة الغائية، القوة والفعل) إلى مدى شبيه بتأثر أفلاطون بالرياضيات.

4   - علم التاريخ :
          كانت الملاحم الهوميروسية والمآسي المسرحية تروي باسلوب فني صراع الإنسان مع الالهة، بنظرتين مختلفتين ومنهجين متباينين. لكن هيرودوتس[13] وتوكيديدس[14] أوجدا، في القرن الخامس، اسلوباً جديداً لمعالجة الصراعات الاجتماعية. روى الأول صراع الاغريق مع الفرس وأسباب انتصار مدن اليونان على اخصامها، ووضع بين أيدي المواطنين المحاربين مفتاح تاريخهم. أما الثاني فدرس الصراعات التي نشبت بين المدن اليونانية، وربط السياسة الخارجية بالسياسة الداخلية، وابرز استقلال الصراع السياسي داخل التشكيلة الاجتماعية .
                مع تأسيس علم التاريخ :
أ) أصبحت الاحداث الانسانية مستقلة كلياً عن الدين لها أسبابها ونتائجها المحتومة.
ب) أصبح الميدان السياسي ميداناً مستقلاً يقوم في ذاته .


5- السفسطة :
           لما كانت الديموقراطية هي النظام السائد، ولما كان الكلام أمضى سلاح في النقاشات الجماعية، نشأت السفسطة التي تُعلّم مدارسُها اتقان الأساليب الخطابية وتطوير الحجج المنطقية . قدُمَ السفسطائيون إلى أثينا من خارجها وهي أغنى مدن اليونان وأرسخها في الديموقراطية وجعلوا من التعليم مهنة وسبيل عيش. أما إرثهم، وقد فُقد معظمه، فهو موضوع نقاش إلى اليوم[15].
 
        أدى تضافر جميع العوامل السابقة الى الانتقال "من الخيال الى الواقع، من السحر الى الممارسة العملية، من التموضع (الاجتماعي) إلى الشمولية (الإنسانية)، من الرغبة إلى المقال العقلاني"[16].
وجديد الفلسفة وثورتها هي في تضافرهذه  العناصر وتكاملها ومسعاها اللامتناهي العقلاني الشمولي لإدراك الحقّ.

          ولدت الفلسفة في إيونيا (آسية الصغرى) وكان محورها الأساسي الطبيعة (فوزِس) وماهيتها وانتقالها من الفوضى إلى النظام. غادرت بعد ذلك إلى اليونان الكبرى (جنوب إيطاليا)، فانتقلت إلى التمحّص في العقل (في مستعمرة إيليا: برمنيدس وزينون) وجمع الاهتمامين الطبيعي والعقلاني (أنبذقليس، فيلسوف أغريجانت). وثمة تيار ثالث للفلسفة في الجزر الوسيطة أولى العناية الأكبر لخلود النفس والعلم الرياضي (فيثاغورس). ولما جاءت الفلسفة إلى أثينا، أغنى مدن اليونان وأكثرها عراقة، جمعت كل ما سبق من اهتمامات وزادت إليها الاهتمام بالإنسان ("إعرف نفسك بنفسك") مستفيدة من انجازات المسرحيين والمؤرخين



[1] راجع بيار أوبنك، مقالة "الفلسفة القديمة" في أنسكلوبيديا أونيفرساليس (بالفرنسية).
[2]  لا تملك اللغة اللاتينية مثيلاً لهذه الأداة .
[3]  يغيب هذا الفعل عن اللغات السامية (ومنها العربية) كافة وينحصر وجوده في اللغات الهندية الأوروبية .
[4] لاحظ  عالم الألسنية إميل بنفنست في مقاله "مقولات الفكر ومقولات اللغة"(1958) التماثل بين مقولات الوجود الأرسطية ومقولات اللسان اليوناني. راجع مسائل الألسنية العامة (بالفرنسية) باريس، 1966 ، ص ص 63-74.
[5] نعتمد هنا بشكل اساسي على مؤلفات جان بيار فرنان الصادرة أصلا بالفرنسية وبنوع خاص على كتابيه : أصول الفكر اليوناني (1962) الخرافـة والفكر عند الاغريـق (جزآن (1965)، دار ماسبرو).
[6]  جان برناردت في تاريخ الفلسفة لفرنسوا شاتلية ( الجزء الأول, ص25).
[7] يـذهب المؤرخ الماركسي البريطاني جورج طومبسون (الفلاسفة الأول، إديسيون سوسيال) الى اعتبار مفاهيم الوجود والماهية والجوهر التي توحّد الاشياء مثلما يوحد النقد البضائع انعكاساً فكريـاً لانتشار العملة . وهذا الرأي مبالغ فيه بلا ريب .

[8] أمثـولات في تاريـخ الفلسفـة ( الطبعة الفرنسية، الجزء الثاني، ص10) (يقصد هيغل هنا بالفكر الفلسفة).
[9] تشير العشيرة الى رابطة الدم بينما تشير القبيلة الى الرابطة المكانية الادارية .
[10] كان للاغورا قبل كليستينس مغزى ديني كوني فهي مكان ارتباط المدينة بالارض.  لم يختفِ هذا المغزى في الاصلاحات، لكنه سيصبح ثـانويـاً.
[11] طبعا لا العلمنة كانت كاملة، إذ بقي للبيت طابع ديني، ولا المساواة كانت تامة إذ بقي خارجها النساء والأجانب والعبيد.
[12] أراد أفلاطون بالتشديد على الهندسة (جيومتري) التمايز عن الفيثاغوريين الذين شدّدوا على الحساب (أريتميتيك).
[13] هيرودوتس "أبو التاريخ" (484-420 ق م ) صاحب التواريخ أو ألتحقيق وفيه روى رحلاته إلى مصر وبلاد الشام وصور وبابل وبلاد الفرس وأرّخ للمجتمع اليوناني وحروبه. ولد في إيونيا (هاليكارناس، حاليا بدروم) واستقرّ فترة طويلة في أثينا وأنهى كتابه وتوفي في إحدى مستعمرات اليونان الكبرى.  
[14] توكيديدس سياسي ومؤرخ أثيني (460-397 ق م) صاحب تاريخ حرب البيلوبونيز وهي الحرب التي دارت بين أثينا وإسبرطة بين 431 و404 ق م.
[15] يمكن العودة في هذه المسائل إلى نيتشة وكاستوريديس.
[16] فرنسوا شاتلية : تاريخ الفلسفة (الجزء الاول، ص 20).

Saturday, 2 November 2013

ALEXANDRE NAJJAR ET "LA PLANÈTE SUÈDE"



Un pays qui a un tel respect de l’homme et de la nature et qui s’ingénie à améliorer « sans cesse son quotidien par de nouvelles pratiques et de nouvelles lois »




Alexandre Najjar: Les anges de Millesgârden, Récit d’un voyage en Suède, Le sentiment géographique, Gallimard, 2013.

          Si Alexandre Najjar n’a pas intitulé son dernier ouvrage Les Lettres suédoises pour faire écho aux Lettres persanes de Montesquieu, les intitulés de ses 17 chapitres si hauts en couleurs, à la manière du XVIIIème siècle, n’occultent pas  la référence : « Où l’on découvre l’aéroport de Stockholm, les taxis, la neige, Bernadotte et l’alcool », « Où l’on découvre un personnage de Michel Tournier et les Suédois au quotidien »… Reste que le titre choisi ne manque pas d’attrait ni par son énigme propre ni par la référence aux anges,  « terribles » selon Rilke, mais « par leur existence trop forte ». Les anges [musiciens] de Millesgârden, ce sont ces bronzes du sculpteur Carl Milles (1875-1955), disciple de Rodin, sur une belle île de la banlieue de Stockholm dans le jardin entourant la résidence de l’artiste. Ces œuvres sont « perchées sur des colonnes si fines qu’on les croirait en apesanteur » ; « ils ont un rôle de messager, d’intercesseur entre ciel et terre ». C’est donc autant par allusion au côté paradisiaque de la Suède que par acte de foi dans le dialogue culturel que le titre a été retenu.
          Le livre est le récit d’un voyage à Stockholm et à Göteborg. L’auteur s’y est rendu en sa double qualité d’auteur traduit en suédois (L’École de la guerre, 1999),  mais d’où la dimension libanaise n’est jamais absente (il donne une conférence sur Gibran) et d’écrivain francophone. Cette dualité se manifeste à toutes les pages. Mais si le livre suit l’ordre chronologique du séjour, commençant par l’aéroport et finissant par lui, Najjar a su répartir les thèmes d’intérêt dans les chapitres de sorte qu’on assiste, sinon à une initiation ascendante, du moins à une randonnée générale où la curiosité du lecteur est toujours mise en éveil, où la composition est équilibrée et où le terme sembler fermer la boucle.
          On apprend beaucoup dans ce livre et sur bien des sujets. Mais ce qui frappe surtout en lui, c’est son côté récréatif, la bonne humeur dont il se ressent et la légèreté « aérienne » qu’il dégage. C’est un véritable voyage en Suède, le froid en moins, un bon compagnon en plus et le vagabondage culturel au programme. Si la devise du classicisme est « plaire et instruire », cet ouvrage l’illustre bien par ses voies propres. « Les travaux les plus ardus ne sont pas incompatibles avec un brin de dérision ».
          C’est « la planète Suède » qui est évidemment explorée et elle l’est sous tous les angles : des paysages à la corruption, de l’Etat à la population, de la famille royale aux musées, des cimetières à l’écologie, des immigrants arabes et musulmans à l’Académie suédoise, du cinéma aux couples et à la la vieillesse…«A partir du ciel, de la terre et de la mer » comme le signale à propos de Stockholm l’intitulé d’un chapitre. Najjar a beaucoup lu sur les Bernadotte, le séjour de Descartes chez la reine Christine, sur celle-ci jusqu’au film de Mamoulian, le préféré de Staline, sur « la mentalité suédoise ». Il a une oreille extrêmement attentive aux conversations et sait choisir et rendre leur contenu (on apprend, par exemple, que le français n’est qu’au 5e rang des langues non seulement après l’anglais et l’allemand, mais après l’espagnol et ne survit que dans la catégorie la plus cultivée de la société ; que les Suédois, si fiers de leur pays, aiment s’entendre dire qu’ils sont différents de leurs compatriotes). Mais surtout il se révèle un excellent observateur des mœurs et des visages et un saisissant auteur d’esquisses. La seule faiblesse que je note ici est la comparaison fréquente de la Suède au Liban (pour la sécurité, l’ordre, la propreté…) et aux pays musulmans (quant aux libertés et droits de la femme) : elle ne fait qu’enfoncer une porte ouverte. Enfin si l’auteur proclame sans ambages son admiration pour un pays qui a un tel respect de l’homme et de la nature, qui s’ingénie à améliorer « sans cesse son quotidien par de nouvelles pratiques et de nouvelles lois », il ne cache ni les ombres de la Suède, ni les défis nouveaux auxquels elle est confrontée.
          Le livre nous révèle aussi un Alexandre Najjar détendu, amusé, parfois naïf, souvent cravate défaite, imbu du Liban et le traquant partout dans les musées et parmi les hommes, digne représentant de la culture et de la langue françaises. Un honnête homme ouvert, plein de bon sens, cultivé, sans affectation (attaché à un seul film de Bergman, déçu par les villes de Casablanca et Carthage, rebelle a la peinture abstraite…), parlant simplement de son enfance, de son goût du jardinage, des souvenirs familiaux,  cinématographiques et littéraires.

Comme la générosité est le principal trait d’Alexandre, il partage avec son lecteur ses acquis culturels et ses conversations, dont une particulièrement intéressante avec François Nourissier à Beyrouth. Par Les anges de Millesgârden, il nous a fait don d’un livre d’amour pour la sculpture, la France, le Liban, Jésus…et surtout pour le voyage et  la Suède. 

Monday, 28 October 2013

LE ROMAN AUX MULTIPLES MAILLONS DE CHARIF MAJDALANI






Charif Majdalani: Le dernier seigneur de Marsad, Seuil, 2013.

          Sur la carte du romanesque libanais, Charif Majdalani a ajouté 2 contrées qu’on n’oubliera pas de sitôt: le quartier beyrouthin de Marsad qui ressemble, comme une goutte d’eau à une autre, à celui bien réel de Mazraa auquel il jouxte coincé entre lui, Ras el-Nabeh, Basta et Msaytbeh ; le village de Kfar Issa sur le flanc est du Mont Liban, quelque part entre Zahlé et Hermel ; cela pourrait être Kfar Dabach, ancienne propriété des Issa (des Obeid Issa, plus précisément) si ses habitants étaient des chrétiens, mais cela pourrait être Hadath Baalback ou Bted‘î ou un autre bourg au nord est de la Békaa. Pourquoi ces licences avec la géographie ? Justement pour la liberté de l’histoire, pour les impératifs du romancier. Ou l’inverse. D’où cette œuvre complexe qui enchaîne les maillons et ne cesse de surprendre autant et plus par les échafaudages de la fiction que par les événements dans une certaine mesure « annoncés » pour qui a fréquenté notre histoire contemporaine.
          Les sagas familiales libanaises, Majdalani les maîtrise et on ne s’appesantira pas sur la dynastie des Khattar dont le règne dura un peu plus d’un siècle, des années 1870 aux années 1980. Trois « seigneurs » firent son aura: Chakib le fondateur un peu légendaire qui s’illustra dans la menuiserie et contracta une alliance matrimoniale avec les Sabbagh, patriciens d’Achrafieh, leur devant, peut être, le village de Kfar Issa; Mkhayel qui spécula sur le blé durant la guerre de 14-18 et passa du bois au marbre importé d’Italie, prenant des paris audacieux et les menant à bien ; le second Chakib qui acheva, dans la politique et l’économie, les précédentes progressions, devenant le seul « seigneur » de Marsad en profitant des difficultés des notables rivaux et en épousant la fille de leur chef de clan, Gebrane Nassar (comme dans Balzac, les personnages des romans précédents se retrouvent). Mais, principalement sous l’effet des guerres du Liban,  le voici qui assiste à la disparition des assises de son pouvoir, choisissant jusqu’au bout de résister.
          Il faut avouer que l’auteur ne choisit pas une voie facile dans la description des notables de ce qui fut la banlieue de Beyrouth avant d’en faire partie intégrante: ils sont snobés par leurs coreligionnaires grecs orthodoxes d’Achrafieh et de Ras Beyrouth ; de la menuiserie au tranchage du marbre, les métiers ne sont pas très lyriques; l’occidentalisation des demeures hautement dépeinte risque de ne pas enflammer…Mais Majdalani sait batailler, et nous mener avec lui, pour faire de son récit une œuvre attachante par la précision et la fidélité historique de ses descriptions matérielles ; par l’immersion des familles dans des maisons et des maisons dans des quartiers de telle sorte que nous assistons à la naissance d’une ville et au passage d’un grand village bucolique où les résidences sont entourées de jardins à une concentration urbaine assez dense, par l’attention portée aux tissus sociaux dans la maisonnée comme sur les lieux de travail, de loisirs et de compétition politique (tels les abadays) ; par le goût des sobriquets (Pierre Pierre et Monsieur Chéri) et des petites histoires (le dialogue entre la mère de Nazareth et Chakib, le coupe-papier du gendre, le cigare du prélat…), véritables microcosmes de sémiotique sociale et florilège d’humour ; enfin et surtout par cette phrase qui déplie les versions d’un événement (ou de son origine) sans privilégier l’une d’elles, qui glisse les légendes dans la réalité et le contraire, qui monte la rumeur comme un chœur antique pour  commenter les faits, les inventer, les tourner en dérision, les exagérer ou les mythifier.
Ces trois opérations de la phrase sinueuse de Majdalani, qui ne forment sans doute qu’une seule, nous semblent aller décroissant tout au long du roman à mesure que le combat du dernier seigneur n’a plus besoin d’un artifice littéraire pour l’illustrer ou plutôt qu’il a totalement, ou presque, résorbé cet artifice. La saga familiale cache un individu déterminé et une lutte singulière nourrie de la seule sève intérieure. Le héros au « long, lent et somptueux crépuscule » mesure la « vanité » de tout ce qu’il a accompli. Il ne croit plus en sa succession et en la permanence de son nom. Tout a conspiré contre lui, des membres de sa famille au destin régional. Il est dans la « certitude » que rien ne lui survivra de « la grandeur » des Khattar et que son combat à Marsad, quartier naguère chrétien et qui voit ses habitants partir, est « inutile ». Mais il ne cède en rien et ne peut trouver que dans une fin héroïque son être et son épanouissement.
Entre la saga dynastique et le combat individuel se glisse un « roman familial » freudien fait de bâtardise. Il me faut avouer ici que je fus surpris par cette intertextualité libanaise, voulue ou ignorée de Charif, avec Le Rocher de Tanios d’Amine Maalouf* paru vingt ans auparavant (1993). Entre le cheikh montagnard du XIXème et le seigneur beyrouthin du XXème qui étend à la campagne son influence, entre leurs progénitures légitimes et illégitimes sur un canevas pérenne libanais, que de contrepoints ! Mais en commun une femme, son prénom, Lamia, et les fruits de septembre.
Là encore un nouveau maillon de l’œuvre: l’homme cache la femme et ce « personnage de roman » qu’est l’épouse du régisseur des terrains, « libre comme l’air et heureuse », se révèle non seulement un être d’envergure qui tient tête  au seigneur dans une scène mémorable mais le maître qui a conduit, dans le couple et ailleurs, la partition.

Vanité des dynasties libanaises dont la patine n’est pas si vieille et dont l’avenir ne dure pas longtemps ! Mais aussi  juste fin des choses pour les Khattar qui ploient sous un double péché originel, l’affairisme des temps de famine et l’adultère : « les hommes d’affaires inconnus alliés aux diverses milices le lorgnaient comme jadis son propre père et ses amis, sortis riches de la Grande Guerre, avaient lorgné avec rage ceux qui contestaient les abus de la spéculation. » L’éternel retour est toujours au rendez vous d’une volonté de puissance, aurait dit Nietzsche.

* Sur Le Rocher de Tanios d'Amine Maalouf cf. mon étude sur ce blog intitulée "Une forêt de pères"du 1/1/1994.              

Wednesday, 23 October 2013

HOMMAGE À MICHEL TRAD, GRAND POÈTE







En hommage au grand poète libanais Michel Trad (1912-1998) magicien de la langue vernaculaire (al 3âmiyya) au Liban et qui l'a portée par l'expression à de nouvelles frontières la traduction de son poème JÎRÂN (littéralement: Voisins) tiré de son deuxième recueil DÛLÂB (1957)

Nos brises estivent sur les hauts de vos monts
 Et vous émancipez  vos chèvres en nos bois   
 Nos  abeilles s’indiquent par des clins d’œil vos fleurs  
 Et au même soleil tous deux étendons linge      

 Aux lueurs de notre aube vous exposez vos grappes 
 Puis vous vieillissez votre vin en nos jarres 
 L’ombre de nos nuages s’étend sur votre toit
 Celle de votre jasmin recouvre  notre  cour  

 Notre pain rond, nous le dorons sur votre âtre    
 Vous abattez du bois, notre myrte vous sourit 
 Notre enfant distribue le dîner  à vos poules   
 Et votre fillette désaltère nos poussins     

 Des cils de nos yeux nous ramassons vos larmes
 Et vous vous réchauffez le regard à nos joues    
 Nos plants verts effleurent  les eaux de votre source
 Et vos aïeux de nos aïeux sont sûrs amis    

 De votre huile même notre lampe s’éclaire 
 Et vos anémones sortent de nos rochers
 Notre moineau fait nid dans la lucarne votre   
 Cacabe votre perdrix,  notre merle répond !

                                                         Michel Trad
                                                Dûlâb (Roue), 1957



Friday, 4 October 2013

FICTION & (RÉ)ÉCRITURE: MARCEL PROUST ET FRANCOIS BON








François Bon: Proust est une fiction, Fiction & Cie, Seuil, 2013, 318pp.

« J’ouvre Proust pour cet espace ouvert et nocturne, qui élargit ou distend le rapport que j’entretiens avec moi-même, et le met en vibration, tremblement, travail. »

          Il y a, dans le projet de François Bon de faire de Proust une fiction, peu ou prou de l’entreprise du Pierre Ménard de J. L. Borges, cité quelque part dans ce livre, de réécrire à l’identique le Don Quichotte de Cervantès : non pas « abréger » le texte (300 pages au lieu de 3000), ce qui en ferait un produit de « supermarché », ni en faire une simple analyse critique, si riche qu’elle puisse être, mais le répéter en le reconstruisant et en le déconstruisant. Le livre a d’ailleurs pour incipit la phrase qui inaugure A la Recherche du temps perdu (« Longtemps, je me suis couché de bonne heure ») ; son chapitre final est un entretien de Proust, accordé en 1913, qui énonce  clairement ce que l’ouvrage s’est évertué à démontrer.
          Cette répétition, Bon ne l’obtient pas, ou pas seulement,  par la connaissance  passionnée et incomparable de l’ouvrage originaire, de son auteur, des lieux décrits, du temps écoulé. Il la conquiert par la phrase ample et rythmée du maître qu’il analyse et reprend à son compte ; par la succession de cent chapitres d’inégale longueur, mêlant dans leurs titres et sous-titres, comme dans le reste du texte, Marcel Proust et François Bon, ce dernier tentant de « télescoper » (terme deleuzien) encore plus les phrases du premier. On croit que les rubriques se suivent sans logique contraignante dans l’ordre chronologique où elles parurent sur le blog de Bon, le Tiers livre ; toutefois, on peut risquer à leur endroit ce que dit l’auteur sur l’enchaînement des « plaques » ou « nappes » dans La Recherche (« comptent ces plaques narratives qu’il organise et non la causalité narrative qui fait que l’une suit l’autre »). Enfin et surtout, deux traits liés induisent à trouver dans la fiction de Bon un Proust redoublé. Le « mouvement circulaire » qui rend possible la Recherche (le livre que le narrateur décide d’écrire à la fin du Temps retrouvé existe puisqu’on vient de le terminer) se refait dans Proust est une fiction puisqu’on recouvre à la fin ce que l’on a envisagé au début : partis de la  puissance  « hypnotisante » de la lecture et de la relecture de Proust, on les retrouve à la fin. Second trait : ce qu’elles révèlent ou ce qu’elles produisent, c’est dans le soi ou le rapport à soi : « J’ouvre Proust pour cet espace ouvert et nocturne, qui élargit ou distend le rapport que j’entretiens avec moi-même, et le met en vibration, tremblement, travail. » Marcel avait écrit, moins simplement qu’il ne paraît : « En réalité chaque lecteur est, quand il lit, le propre lecteur de soi même. »
          Ce qui précède n’épuise pas le coté fiction du livre de Bon et l’auteur a imaginé de nombreuses scènes de rencontres et d’échanges entre Proust (1871-1927) et Baudelaire (1821-1867), « celui à qui Proust parlait en permanence ». Souvent dignes d’intérêt et plus ou moins éclairantes, inventives et appuyées sur les textes des deux auteurs, elles ne forment pas le grand attrait de l’ouvrage. Des éléments biographiques peuvent aussi figurer dans le registre fictionnel comme l’hypothèse « plausible », mais « statistiquement faible» d’un Marcel fils naturel d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont ; ce qui est avéré, c’est que, hanté par cette idée, il a racheté le piano droit devant lequel ce dernier écrivait assis tous les soirs à l’hôtel et il l’eut sous les yeux dans sa chambre durant toute la composition de la Recherche.
          Mais ce qui donne au livre de Bon son ossature et son contenu, c’est cette exploration minutieuse du détail comme de l’architecture du grand opus proustien et du rapport entre les deux. L’auteur d’A la Recherche du temps perdu est « si vaste et si complexe », (« inépuisable » selon le mot de Claude Simon), qu’on n’est pas étonné de rencontrer ici une foule de personnages,  un grand nombre de péripéties, de très belles phrases qui nous avaient totalement échappé. De même, la mise sur ordinateur du texte et l’étude poussée des manuscrits, principalement due à J.-Y. Tadié pour la seconde édition de la Pléiade, sont mises à profit : on peut ainsi savoir que le mot « photographie » a été utilisé 198 fois dans la Recherche, que l’adverbe « longtemps » ne commence que 2 phrases dans les 7 volumes, quelles sont les occurrences comparées des vocables « morne » et « triste » chez Baudelaire et Proust…Au-delà de ce qui a été avancé, la richesse de l’ouvrage est tout entière dans la qualité des analyses et dans les éclairages nouveaux qui, sans renier leur dette envers maint critique, écrivain et philosophe, font mieux ressortir le travail du texte.
          « Proust surgit à l’exact moment où la médiation technologique devient incontournable dans le rapport au quotidien. » L’électricité fait son entrée dans les demeures aisées, le téléphone suit, la photographie, le film, le phonographe changent le rapport aux personnes et aux objets, l’automobile, l’avion redessinent l’espace et le temps. L’impact de ces inventions est d’autant plus grand que l’univers proustien « incarne la permanence » et ne connaît d’autre médiation que le livre. La Recherche prend la modernité par les cornes, nomme les nouveautés et en fait un usage narratif. Témoin le téléphone utilisé par Saint-Loup jaloux pour demander à la femme de chambre de surveiller sa maîtresse, ou ainsi décrit par le narrateur : « Et aussitôt que notre appel a retenti, dans la nuit pleine d’apparitions sur laquelle nos oreilles s’ouvrent seules, un bruit léger-un bruit abstrait-celui de la distance supprimée-et la voix de l’être cher s’adresse à vous. » Ailleurs, l’odeur de pétrole et la fumée des pots d’échappement « était comme un symbole de bondissement et de puissance… »
          Qu’il revisite le passage célèbre de la madeleine (l’évocation n’est pas tournée chez Proust vers le passé, ou le passé propre du narrateur, mais vers un futur à naître de la force de l’écriture : « incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même : quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser… »), qu’il se penche sur la phrase musicale ou littéraire ou les « phrases bancales » du dernier volume, ou encore sur le rapport de « zones-temps étirées parfaitement dénombrables, et chacune liée à un point spatial tout aussi précis » (une soirée dépeinte en 140 pages, une autre en 160) aux avatars événementiels…les analyses de François Bon déplient merveilleusement les nappes de la Recherche.
                 Proust est une fiction ? oui, dans la mesure où la fiction est la plus réelle des réalités.