Monday, 10 February 2014

UN VOCABULAIRE POLYPHONIQUE DE HEIDEGGER




Le Dictionnaire Martin Heidegger, Vocabulaire polyphonique de sa pensée sous la direction de Philippe Arjakovsky-François Fédier-Hadrien France-Lanord, Cerf, 2013, 1456pp.

          Peut être faut-il partir de l’entrée « Salah Stétié »* pour donner une idée de l’ampleur du champ de ce dictionnaire. Si notre grand poète, au confluent de plusieurs traditions, y figure, c’est surtout pour mettre en rapport le vers de Hölderlin si cher à Heidegger de ‘l’homme habitant poétiquement la terre’ avec la langue arabe « en qui, de toute éternité, le vers se dit bayt,  ‘maison’ ou ‘demeure’, donnant du coup son juste poids à la substance du vivre qui est inévitablement d’ici et de maintenant. » Cet ouvrage de plus de 600 entrées auquel ont collaboré 24 auteurs n’est donc pas un simple  vocabulaire technique et critique du philosophe, tâche déjà immense et ardue, mais une somme encyclopédique dont on peut tenter de répertorier les fonctions. Disons d’emblée, les heideggériens ne manquant pas de chapelles pour ce qui est de l’interprétation et de la traduction, qu’il est placé sous  le patronage de « Jean Beaufret » (1907-1982) mis en épigraphe et souvent cité. Celui-ci ne fut pas simplement  ‘l’introducteur’ de Heidegger en France  à partir de 1945, étape majeure pour son retour théorique en Allemagne suite à la « Dénazification »,  mais celui qui répondait au penseur, le questionnait[1] et dialoguait[2] avec lui.   
          Une biographie intellectuelle et politique, un instrument de travail et de connaissance, l’occasion de nombreuses randonnées exquises et imprévues: tels nous semblent les principaux intérêts de ce chantier polyphonique  consacré à l’un des principaux, sans doute le principal, philosophe du siècle passé (1889-1976) et, selon les auteurs, de l’actuel vus le nombre et l’importance des œuvres non publiées et en voie de publication(20 volumes sur les 102 prévus de l’édition intégrale sont encore à paraître au rythme de 2 par an et ils comprennent des cours et des traités achevés), et surtout vue la radicalité du travail de Heidegger qui « est, depuis la naissance de la philosophie en Grèce, la plus audacieuse, la plus entière et par là même la plus déconcertante question que l’Occident se soit posée à lui-même » (p. 11).
          Une biographie ne prend pas, dans un dictionnaire alphabétique, l’aspect d’un exposé suivi. Elle est ici parsemée à travers de nombreuses entrées qui pointent les références les plus parlantes. La famille : sa femme, Elfride,  ses deux enfants, Jörg et Hermann, son frère, Fritz…Les lieux: « Messkirch » point d’ancrage où il est né et enterré, dont il a évoqué dans un texte célèbre « le chemin de campagne » (1949), la « Souabe », son pays natal au sud de l’Allemagne, « Todtnauberg » où il avait son petit chalet die Hütte…Les universités où il a enseigné (« Fribourg-en-Brigsau », « Marbourg »…) Les rencontres qui ont fait date (« Cerisy », « Séminaires du Thor »…) Les bons amis, les étudiants, les grands poètes et penseurs avec lesquels il fut en dialogue, ‘alliés substantiels’ selon l’expression de « René Char »: « Hannah Arendt », « Ernest Jünger », « Paul Celan » et tant d’autres. Les philosophes auxquels il consacra des cours ou qui furent ses contemporains ; retenons de ces derniers : « Adorno », « Bergson », « Merleau-Ponty », « Sartre » et « Wittgenstein ». Les artistes tel « Cézanne » dont il vit dans  le chemin ce qui s’accordait avec son « propre chemin de pensée ». Bien sûr l’ «Affaire Heidegger », l’adhésion au « Nazisme » et le « Rectorat » (1933-1934), l’«Antisémitisme »  ainsi que le prétendu « Silence » font l’objet de nombreux articles d’où le philosophe sort grandi malgré sa faute indéniable: pas une seule phrase antisémite dans les 84 volumes publiés et Heidegger a pensé le nazisme comme régime totalitaire nihiliste et en a parlé, sans toujours le nommer, dans ces termes avant comme après sa chute.
Ces articles ne visent pas l’anecdote et ne sont pas écrits sur un modèle commun. Leur objectif n’est ni neutre ni totalisant. Ils enracinent Heidegger dans ses terroirs et aident à ‘rythmer’ une vie tout entière animée par une pensée qui ne cesse de se questionner et de se mettre à l’écoute de l’être et du langage.
Mais si ce dictionnaire s’impose,  c’est principalement comme instrument de travail, de connaissance de la pensée de Heidegger, voire de méditation sur les questions fondamentales soulevées par celui-ci et qui, au-delà de la spéculation sur l’«Être », son « Oubli », son « Sens », sa « Vérité » touchent à la modernité, au « Nihilisme » (distinct du Nihilisme européen de Nietzsche), à la « Dévastation » (Die Verwüstung : non « simplement la destruction de l’étant sous la main, mais le travail de sape qui ensevelit la possibilité de toute décision initiale » : ce qui  va de la déforestation équatoriale aux chaînes de fast-food en passant par la construction de grands ensembles urbains), et donc à la morale et à la politique. La pensée de Heidegger est  exigeante et difficile. Elle est en perpétuel retour sur elle-même et constamment interpellée par l’« être » qui à la fois se révèle et se cache. Elle ne cherche pas à utiliser la langue mais à lui laisser la parole, l’écouter et habiter par elle le monde. Elle s’impose de relire les philosophes grecs (qu’elle retraduit)  et modernes pour désobstruer la question fondamentale et dépasser la métaphysique. Elle cherche à établir un dialogue entre la poésie et la philosophie. Plus que toute autre donc, cette pensée  nécessite des voies d’accès. Le présent ouvrage par ses entrées multipliées (« Dasein » et « Être-le-là » ; « Alèthéia », « Vérité », « Invérité », « Abritement »…), la connaissance approfondie qu’ont ses auteurs de l’œuvre publiée y compris la vingtaine de volumes posthumes  non encore traduits en français, la qualité de la réflexion et la tenue du propos,  doit être reconnu comme un appui indispensable dans la rencontre d’une pensée majeure.
Heidegger écrit : « tout authentique penser en compagnie d’un penseur est voyage-qui se met en route pour atteindre ce qui est déjà tout proche et saute aux yeux et qui n’est autre que le tout simple. » Ce Dictionnaire, outre le grand périple,  ne cesse par des entrées non attendues (« Mozart », « Nerval », « Rashomon »…) de ménager des randonnées et des rencontres. C’est encore là une destination louable et  elle semble dans cet ouvrage inépuisable.
Certes on aurait préféré une entrée Derrida (évoqué dans « Déconstruction » pour opposer ce concept à celui heideggerien de Die Destruktion « Destruction/Dé-struction ») à une entrée « Nizan » où il est  conclu que l’intérêt de celui-ci pour Heidegger fut passager. On est confondu par les néologismes (temporellité, temporation, aîtrée [Wesung]…) et on se souvient que la traduction par François Vezin[3] de Sein und Zeit souleva la protestation de nombreux heideggériens. Mais on reste admiratif de la manière dont ce Dictionnaire a pu ‘arraisonner’ la pensée capitale d’un philosophe qui tenait à « être véritablement lu et non grappillé » sans la mettre en ‘péril’.

                      
         

              






*les mots placés entre guillemets figurent comme entrées dans le dictionnaire.  
[1] La Lettre sur l’humanisme de Heidegger répond à des questions posées par Beaufret en 1946.
[2] Dialogue avec Heidegger, Paris, Minuit, 1973-1985, 4 vols.
[3] Un des collaborateurs du dictionnaire.


Wednesday, 25 December 2013

VERDI ET WAGNER, LE PAS DE DEUX SIÈCLES




Timothée Picard: VERDI-WAGNER Imaginaire de l’opéra et identités nationales, Actes Sud, 2013, 323pp.

          L’année 2013 a été l’occasion de célébrer le bicentenaire de la naissance de Richard Wagner (1813-1883) et Giuseppe Verdi (1813-1901) les deux créateurs qui ont réussi à résumer l’opéra incarnant, le premier, la germanité et le second l’italianité et au-delà le Nord et la Méditerranée. Il suffit à leur musique d’être utilisée dans un film (du Senso (1954) de Visconti[1] à The New world (2006) de Malick  en passant par les œuvres de Werner Herzog[2], F. Ford Coppola[3], John Boorman[4]…)  pour projeter sur lui un «effet d’opéra »[5].
          Afin de donner une idée concrète du travail riche et passionnant de Timothée Picard, partons de trois œuvres qu’il intègre dans son exposé historique. Parmi bien d’autres littéraires ou spéculatives auxquelles il se réfère, chacune a sa place et sa signification.
          Dans la nouvelle de Pirandello « Musique d’autrefois » (1910), un vieillard revient à Rome après des années d’absence et désire rencontrer son amour de jeunesse. Mais une fois chez elle, il découvre que non seulement sa fille, aspirante cantatrice, mais toutes les personnes qu’il a aimées autrefois et elle même, se sont converties à l’école de la musique ‘bruyante et dissonante’ de Wagner et n’apprécient plus « les divines mélodies de la musique italienne la plus pure» qui faisait le délice de leur salon. Que d’autres peuples aiment leur musique, le visiteur le comprend. « Mais nous ? Nous avons la nôtre, Paisiello, Pergolèse, Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi… » Le maître de musique allemand présent réduit tout cela à  une tradéridéra (facile rengaine). Toutefois touchée par l’affliction du vieillard, la jeune fille commence à lui chanter une des arias qu’il affectionne. Mais la réprimande du maître au beau milieu du chant : Tradéridéra ! a raison de celui-ci et du cœur faible du vieil amant. Identités nationales, Verdi perçu comme un musicien du passé et Wagner comme musicien de l’avenir, invasion de l’Italie par le wagnérisme au début du XXème siècle,  mélodie et bel canto opposées à la puissance et à l’harmonie, place particulière des vieillards dans l’imaginaire verdien qui en regorge…tout cela passe dans cette nouvelle.












          La « Tettòn » surnommée ainsi en raison de son décolleté avantageux est l’héroïne de L’Adalgisa (1944), nouvelle de Carlo Emilio Gadda. C’est une diva des faubourgs, épanouie et vite fanée dans les bas quartiers. Son public ne se trompe pas sur son talent, mais « chacun se reconnaît pourtant dans son histoire, vibrant à l’unisson quand elle ‘crache ses tripes’ sur scène- en particulier dans le rôle de Violetta. »[6]. Modestes aptitudes de la cantatrice, carton-pâte du décor opératique, public aux humeurs repoussantes…rien n’empêche  le passage d’un courant enchanteur et l’accession du peuple par le chant à l’émotion et la vérité. Dans cette œuvre de Gadda se lit la capacité de l’opéra à avoir un vaste public et à ne pas se restreindre à des spectateurs cossus. L’idée d’un opéra populaire se trouve à l’origine de l’entreprise de Bayreuth; les symbolistes s’y rendaient pour une initiation, mais l’effet voulu ne fut pas atteint avant même la récupération nationaliste. Actuellement, la popularité de Wagner perce par le cinéma où il est bien plus présent que Verdi. Quand, par contre, Moravia parle de la « vulgarité » de ce dernier, c’est pour en faire une vertu capable de faire retrouver aux Italiens du XIXème siècle les valeurs de la Renaissance. Le terme « peuple » et ses dérivés se répètent beaucoup dans les discours sur les deux auteurs tout en n’ayant pas sans doute la même acception. Mais le carcan élitiste a connu son heure et le public de l’opéra s’étend de jour en jour.
          La troisième œuvre est Concert baroque (1974), court roman du cubain Alejo Carpentier, qui narre la réunion en plein carnaval, à Venise, en 1710 du vénitien Vivaldi, du napolitain Scarlatti et de l’anglo-saxon Händel un peu éméchés et s’injuriant en présence de nonnes pour se recueillir au matin sur la tombe de Stravinski[7] puis regarder passer la gondole funéraire de Wagner[8] avant de se séparer sur le son de la trompette de Louis Armstrong. Si nous la retenons, c’est que, fiction inventive, elle donne un avant goût, mais un avant goût seulement, et pauvre en regard, de cet amas de représentations conceptuelles et littéraires auxquelles a donné lieu la dualité Verdi-Wagner tout au long de deux siècles. Force et vanité des discours sur la musique, comme dit l’auteur!  
Dans VERDI-WAGNER Imaginaire de l’opéra et identités nationales,  Timothée Picard traite son riche matériel en divisant l’ouvrage en actes (Quatre avec Prologue et Epilogue) et en scènes. Cette présentation opératique n’amène pas un ordre parfait, mais elle a sur les autres la supériorité de donner au livre ce que Michel Leiris, verdien convaincu souvent invoqué, aime dans l’opéra : le coté « festif, joyeux, bigarré, presque carnavalesque ». Les intermèdes intercalés entre certaines scènes servent à poser les questions pertinentes et à retenir l’ouvrage sur le bord spéculatif.






Les deux mots dont nous avons notés le continuel retour sont ceux d’ambiguïté et d’ambivalence, comme si chaque opinion cachait son contraire, comme si l’éloge cachait la critique ou l’inverse. Par ailleurs, il y a une chasse perpétuelle aux lieux communs dont l’époque ne fut pas avare (lier un pays à une musique ou à un compositeur…), lieux communs devenus comme « les réflexes de notre imaginaire ». Aussi, est-on doublement surpris : quand on trouve des catégories « pertinentes et simplificatrices » dont aucune (ni l’opéra, ni la modernité) n’échappe au devenir historique ; quand les stéréotypes éclatent : le mouvement Verdi Renaissance est parti d’Allemagne en 1920 ; aujourd’hui Verdi est plus joué en Allemagne que Wagner ; suivant Nietzsche[9] et Thomas Mann[10], c’est la France[11] qui a le mieux compris Wagner ; à l’heure où Romain Rolland expliquait que Berlioz était le modèle du musicien français[12], Debussy affirmait qu’il n’était ni français ni musicien !…        
Né autour de 1975, Picard appartient à une génération où l’opéra avait déjà retrouvé la faveur populaire. Il montre que présentement et à tous les échelons (mélomanes, interprètes, directeurs d’orchestre, metteurs en scène…) la dualité Verdi-Wagner,  encore qu’elle se manifesta surtout dans la théorie et au détriment du premier, n’est plus. Vive la Musique et vive l’Opéra !



*Timothée Picard a très bien montré la richesse en mélomanes des générations culturelles françaises qui vont de Balzac et Stendhal à Dominique Fernandez en passant par Baudelaire, Proust, Gide et Cocteau…Nous regrettons cependant l’absence totale de Pierre-Jean Jouve, ni wagnérien ni verdien mais amateur de Mozart et d’Alban Berg. Nous sommes aussi étonnés par celle au cœur du sujet de Claude Lévi-Strauss, ardent wagnérien. Mais comme dirait T. Picard, nul ne peut être complet.

Une version allégée de cet article paraît dans L'ORIENT LITTÉRAIRE de Janvier 2014.

     
    



[1] Sans oublier bien sûr la valse verdienne du Guépard, et les œuvres wagnériennes des Damnés et de Ludwig…
[2] Aguirre ou la colère de Dieu (1972), Fitzcarraldo (1982).
[3] Apocalypse Now (1979) et la contestable chevauchée des Walkyries accompagnant l’attaque des hélicoptères au Vietnam..
[4] Deliverance (1972) , Excalibur (1981)
[5] “Remonter le fleuve poussé par la quête illusoire d’un quelconque Eldorado, chercher l’innocence et se retrouver finalement confronté au mal à l’état pur : tel est le point commun de ces œuvres et de ces artistes placés sous le signe de Wagner. » p. 31.
[6] P.  128.
[7] Verdien et antiwagnérien notoire.
[8] Wagner est mort à Venise “d’une fellation ancillaire » suivant l’expression de Michel Leiris in Opératiques.
Sa rencontre plus ou moins prévue avec Verdi dans cette ville n’aura pas lieu. Par ailleurs, la vie de Wagner est divisée par ses amis et ennemis en 3 épisodes : le révolutionnaire sur les barricades de Dresde et l’artiste désargenté de Paris ; la période de Bayreuth et de Louis II de Bavière ; la mort à Venise.
[9] Comme l’affirme Furtwängler (Le Cas Wagner : critique du livre de Nietzsche, 1941) tous les ennemis de Wagner ont puisé dans le pamphlet de Nietzsche.
[10] De La Montagne magique (1924) où Wagner est présent à tous les niveaux (thématiques et formes) aux écrits ultérieurs, le point de vue de Thomas Mann (1875-1955) ont changé en raison de l’influence de Nietzsche et du devenir politique de l’Allemagne.
[11] Pour Baudelaire qui a donné le la, la musique de Wagner mêle inextricablement jouissance érotique et extase religieuse. Du poète à Aragon et Leiris qui ont réhabilité le bel canto et Verdi, le « Dieu »Richard Wagner a dominé la scène culturelle française avec parfois certaines réserves.
[12] A la suite de Rousseau, beaucoup ont considéré la France comme une nation non musicale adonnée aux débats d’idées et important ses musiciens (Lully, Glück, Offenbach…). Ce qui n’empêchaient pas certains de trouver par exemple Glück trop français ou pas assez…

Friday, 6 December 2013

LA PALESTINE PHOTOGRAPHIÉE PAR L'ÉCOLE BIBLIQUE DE JÉRUSALEM








LA BANALITÉ DU BIEN...
 ET SON INVOLONTAIRE BEAUTÉ

Elias Sanbar (direction): Jérusalem et la Palestine, Le fonds photographique de l’École biblique de Jérusalem,  Hazan, 2013, 200pp.


          Loin d’être, ou d’être seulement, un album d’images nostalgique de la Palestine et de Jérusalem avant la Nakba de 1948, l’ouvrage que vient de diriger Elias Sanbar autour de photos choisies (près de 200, la plupart inédites) du fonds unique de l’École biblique de Jérusalem (plus de 15,000) ne peut être approché que par une démarche en colimaçon, proche des excursions de la « caravane biblique » par laquelle l’École, professeurs et étudiants, étendait son exploration de la Ville sainte à toute sa Terre. Il y a les photos à scruter, foyer de l’œuvre; les légendes copieuses à lire pour se doter des instruments indispensables à ce travail exigeant; une carte du fonds photographique révélé arrimée à un historique de l’institution qui s’en est dotée (le texte final de Jean-Michel de Tarragon, chargé de la photothèque de l’École biblique depuis 1994) ; une interrogation de la nature du regard porté par les images montrées (le texte introductif d’Élias Sanbar : Photographier la Terre sainte ?) ; enfin trois études historiques, riches et sereines, d’auteurs chevronnés sur la période dévisagée qui se reflète dans les photos. Mais si le déplacement continuel d’une instance à l’autre prend le lecteur dans une quasi tourmente, on peut dire, sans exagération aucune, qu’il est à la fois stimulant, plein d’enseignements et fécond.
          L’École biblique et archéologique de Jérusalem est un petit institut de recherche fondé en 1890 par le père Lagrange dans le couvent Saint-Étienne acquis par les pères dominicains en 1882, à 300 mètres au nord de la muraille de Jérusalem. Calquée sur le modèle sorbonnard de l’École pratique des hautes études, elle cherchait à étudier la Bible en son contexte physique et naturel et initiait ses étudiants, par des excursions régulières et sur le terrain, à des disciplines diverses (épigraphie, archéologie, géographie historique…) Sa pratique photographique, dans une perspective positiviste et une grande maîtrise des thèmes abordés,  fut « celle d’autodidactes pour ce qui est de la technique ». La visée scientifique à usage interne et au service de publications effectives ou envisagées prédominait et n’était qu’involontairement artistique, suivant la sensibilité et la culture des pères photographes. Le fond appartient aujourd’hui à la communauté dominicaine et est constitué essentiellement de plaques de verre, la plupart en négatif. Une mine inépuisable pour la prospection de ces décades capitales.
          La première des études historiques signée Salim Tamari, professeur de sociologie et d’histoire sociale à l’université de Bir Zeit, examine l’émergence de l’espace public urbain en Palestine. L’auteur l’envisage à partir de trois villes étroitement liées dans la planification : Jérusalem, capitale régionale, Jaffa, ville portuaire et Bi’r al-Sab‘, ville garnison. Il montre, à la suite d’André Raymond et de Zeynep Çelik, que les plans urbains britanniques, de 1918 à 1930, s’inscrivent dans le sillage de plans ottomans modernisateurs encadrés par l’ordonnance de 1877. Tout en intégrant le devenir palestinien dans l’ensemble des provinces de l’Empire (Beyrouth, Smyrne, Damas…), l’étude met en relief le double statut - périphérique et capital - pris par la Palestine pour l’administration d’Istanbul dans la foulée des Tanzimat (réformes) et la nouvelle politique centralisatrice. De grandes places furent créées en vue des défilés militaires et des cérémonies impériales ainsi que des espaces de loisirs pour la bourgeoisie. Les lignes de séparation entre domaines privé et public explosèrent. « Le processus de croissance engendra des disparités, tant au sein des villes qu’entre leurs régions respectives ». À travers les images qui accompagnent le texte ou le suivent, le cours des choses est palpable.
          La deuxième étude - due à un autre universitaire de Bir Zeit, Nazmi Al-Jubeh, - est centrée sur Jérusalem. Elle montre le retour, « sept siècles après les croisades », de l’architecture occidentale dans la ville avec la fin de la guerre de Crimée (1856) et la prépondérance des puissances européennes. «Églises, couvents, écoles, hospices, auberges firent leur apparition, modifiant l’aspect de la ville, occupant les parcelles laissées vides après les tremblements de terre, aux XVIIe et XVIIIe siècles notamment. » Deux villes naissent côte à côte et un transfert de population a lieu, les juifs quittant la vieille ville pour un nouveau quartier à l’ouest exclusivement leur. Les tensions qui naissent alors n’ont pas lieu uniquement entre les communautés, mais à l’intérieur de chacune (ashkénazes et séfarades, juifs qaraïtes, juifs yéménites qui s’installent au village palestinien de Silwan…) Le « savant mélange de styles » intégrant des éléments locaux et employant exclusivement la pierre de Jérusalem qui caractérise les nouvelles constructions trouve une place de choix dans les photos.
          Le pèlerinage annuel (mawsim) au sanctuaire musulman du Nabî Musâ, situé à 27 km de Jérusalem et non reconnu par les deux autres religions, est l’objet d’une étude de l’anthropologue Emma Aubin-Boltanski. Elle en montre les tenants familiaux (place prépondérante des Husseini) et décrit sa dérive en événement politique (1911 et 1920). Des images nombreuses et superbes au texte argumenté, le passage est limpide et direct.

          Il n’est que naturel de finir par où le livre commence : l’interrogation d’Elias Sanbar, radicale dans son principe, simple dans son aboutissement. « Qu’est-ce qu’une image de la sainteté ? » La réponse est cinglante, humaine, profane, prosaïque et poétique : à travers le prisme austère et fidèle des dominicains, la Palestine est « le pays simple des gens simples » saisis dans leur « banalité ordinaire ». Qu’y a-t-il de plus attachant ?         

Saturday, 9 November 2013

ما الفلسفة؟ : (2) الولادة




         


       الفلسفة عبارة يونانية ، والسؤال "ما الفلسفة ؟" بما هو سؤال يسعى إلى ادراك الماهية، هو ايضاً سؤال يوناني. وهذا السؤال ، في صيغته هذه، هو ما يحوّل سقراط إليه سائر الاسئلة ، وما يطرحه باستمرار على محاوريه : ما الشجاعة ؟ ما الفضيلة ؟ ما التقوى؟... أفلاطون في حواراته، وأرسطو في فلسفته ومنطقه، هما بعد سقراط، الدليلان المرشدان على دروب الماهية : ما الجمال؟ ما العلم ؟ ما الوجود ؟ ما العلة ؟ ما الحركة ؟ ما الجوهر؟

        للفلسفة اذا بطاقة هوية تحمل مكان ولادتها وزمانه .
المكان : المستعمرات اليونانية في آسيا الصغرى، او ما اطلق عليه الاغريق القدامى اسم إيونيا.
الزمان : القرن السادس قبل الميلاد.
        فما العوامل التي ساعدت على ولادة الفلسفة في ذاك الزمان وذاك المكان .

1-   اللغـة اليونانيـة

        كانت اللغة اليونانية مؤهلة أكثر من غيرها ، لتحديد المعاني وتوجيه التفكير إلى تحديدها تحديدا وافياً ولتنظيم التجربة تنظيماً منهجياً . ونورد، على سبيل المثال، عاملين[1] هيآ اللغة اليونانية للتفكير الفلسفي :
        أ- وجود عبارة توازي "ال" التعريف[2] في العربية وتوجّه الانتباه للماهية  : ليس "الإنسان" هذا أو ذاك الفرد انما هو ماهية عامة . وفي اللغة اليونانية تتحول الصفات بسهولة الى اسماء متى زيدت إليها "ال" التعريف. فالمثل الافلاطونية مثلا نعوت أصبحت اسماء (العادل، الحسن، المعادل...)
        ب- وجود فعل أون  (ôn, to be, être) الذي يربط الاسم بالصفة والمبتدأ بالخبر[3]. ولهذه العبارة معانٍ عدة (الوجود، الكائن، الهو) مما يفسر الى حدّ ما تعدّد الفلسفات السابقة لسقراط (الوجود هو في نظر الإيونيين الكمية، وفي نظر بارمنيدس الماهية، وفي نظر الفيثاغوريين العلاقة، وفي نظر الذريين الحيّز...). والوجود صفة يمكن اطلاقها على جميع الأشياء مما يتيح لارسطو تحديد الفلسفة : "علم الوجود بما هو موجود ". ولا يمكن تصوّر الأسئلة الجذرية التي طرحها افلاطون خارج هذه العبارة وتداولها : كيف يمكن أن يصدر الوجود عن اللاوجود ؟ (مشكلة التغيير). كيف يمكن للكائن أن يظلّ هو نفسه وأن يكون مختلفاً عمّا هو ؟ (كيف يمكن أن أقول : "سقراط إنسان" وفكرة سقراط مختلفة عن فكرة إنسان) [4].
        لكن لولا حصول تحوّلات اجتماعية مهمة، لبقيت امكانيات اللغة اليونانية دفينة ولما انتقلت الى حيز التحقق . وأصلاً، لم تعرف كل المدن اليونانية الفلسفة (إسبرطة على سبيل المثال، رغم اناقة لسانها اليوناني، ظلت غريبة عنها) .

2- التحولات الاجتماعية في بلاد اليونان[5] :

        أ- المتغيـرات الاقتصادية :
          كانت اليونان القديمة مجموعة من المناطق تحكمها أرستوقراطيات زراعية . لكن التجارة القائمة على تبادل البضائع عن طريق البحر ما لبثت ان توسعت . مما أدى الى نمو الحرف، من جهة ، والى تطور المدن على حساب الريف، من جهة أخرى . ونشأت مستعمرات عديدة في الجزء الجنوبي الغربي من شاطىء آسيا الصغرى (إيونيا) وفي جنوب ايطاليا (اليونان الكبرى). وكان لهذه المستعمرات عدد لا يحصى من الفروع في شرقي حوض البحر المتوسط والبلدان المجاورة . وليس صدفة ان ينتمي الفلاسفة الثلاثة الاول (طاليس، اناكسيمندرس، اناكسيمينس) إلى مدينة ملطيه MILET الإيونية التي كانت أكثر المستعمرات غنى ونشاطاً في القرنين السابع والسادس ق.م : "ما من مدينة متوسطية جابهت مشاكل أكثر حدّة واستعصاء على الحل في اطار التقاليد المتزعزعة (من ملطية)، وما من مدينة غيرها امتلكت في الوقت ذاته وإلى المدى ذاته امكانية مواجهة هذه المشاكل بتفاؤل دنيـوي"[6].
        وأدّى توّسع التجارة والمستعمرات إلى ايجاد النقد (العملة المعدنية) الذي يعتبره المؤرخون اختراعاً يونانياً يعود الى القرن السابع (مملكة ليديا في آسيا الصغرى). ففي المشرق كانت المعادن الثمينة بضاعة تتميز عن غيرها بصفتين : سهولة التداول والاستمرارية (عدم القابلية للاهتراء والتلف). أما في بلاد اليونان، فالنقد أصبح مرادفاً عاماً لجميع البضائع تقوم السلطة على اصداره وكفالته. ونجم عن هذا الاختراع نتائج عدة :
        1- ساهم في توسيع القطاع التجاري وفي استيلائه على جزء من المنتوجات الاستهلاكية المتداولة. (بقيت الأرض، إلى حد كبير، خارج دائرة الاقتصاد التجاري لأن العمل فيها كان له صفة دينية ولأن معظم الشرائع اليونانية كانت تحظر بيعها).
        2- أوجد نوعاً جديداً من الثروة مختلفاً عن امتلاك الاراضي والمواشي وطبقة جديدة من الأغنياء سوف يكون لها دور كبير في اعادة تنظيم المدينة .
        3- أصبح هناك وسيلة موضوعية، كمية ومجردة، لقياس قيمة البضائع[7].
        4- على الصعيد النفسي، أحدث انتشار المال والفوارق في الثروات صدمة اخلاقية : لما كانت الثروة تحدد اهمية المرء ، ولما كان في الانسان رغبة لا تُحدّ في جمع المال، تسرّب الشك الى فكرة الانسان الفاضل بفطرته.

        ب- التحولات السياسية :

           يقول هيغل : "إرتبط  ظهور الفكر تاريخياً بازدهار الحرية السياسية"[8]. الفلسفة هي وليدة المدينة الديموقراطية وما تطوّرُها المتأخر في أثينا (قياساً على المستعمرات الإيونية واليونانية الكبرى) إلا نتيجة الاصلاحات التي ادخلت على البنية السياسية للمدينة والتي ارتبطت تاريخياً باسم كليستينس .
        بعد اصلاحات صولون (640-558 ق م) الاقتصادية (حلّ مشكلة الديون وتوزيع الاراضي) طرح كليستينس (حوالى 508 ق م) مسائل سياسية . وقد أفضت إصلاحاته إلى إدخال السياسة إلى حياة اليونان الاجتماعية. حاول السياسي الاثيني هذا معالجة المشكلة الآتية : كيف يمكن ابتكار نظام يسمح بتوحيد الجماعات الانسانية التي تفرقها اوضاع اجتماعية وعائلية وجغرافية ودينية متباينة؟ ما الوسيلة لانتزاع الافراد من ولاءاتهم القديمة والتقليدية ولربطهم بمدينة متجانسة يتساوى مواطنوها ويساهمون جماعياً في إدارة الشؤون العامة ؟ يكون الحل في ايجاد مؤسسات ديموقراطية يُغني عملها المنتظم عن اللجوء الى عبقريّة فذّة (الطاغية) كلما تأزمت اوضاع المدينة .
        أدت اصلاحات كليستينس الى تغيير جذري في النظرة الى الحيّز المديني . لم يعد تنظيم المدينة نتيجة الانتماء الى عشائر بل غدا نتيجة للتوزّع على أماكن. فالقبائل[9] والوحدات الادارية وقائع ترتسم على خريطة. وفي وسط هذه الخريطة تقع المدينة حيث تتمثل جميع القبائل. وفي وسط المدينة تقوم الأغورا حيث يجتمع ممثلو القبائل وحيث يبحثون ويقررون سياسة المدينة . ولهذا المركز مغزى سياسي لا ديني[10]، فهو نتيجة اختيار بشريّ. وتتعادل جميع أقسام المدينة وتتساوى في موقعها منه . لم تعد الكهنوتية نفسها تقتصر على بعض العشائر بل أمسى الكاهن موظفاً يُختار من الجسم المديني . وهكذا، "بينما كان الحكم والسياسة، في دول الشرق الأدنى، من صلاحيات التنظيم الديني، أصبح الدين ، عند الاغريق والرومان، إحدى صلاحيات التنظيم السياسي" (م. فنلي).
        وقُسّمت السنةإلى عشرة شهور عملاً بعدد القبائل مما أتاح لممثلي كل قبيلة ان يرئسوا المجلس مدة شهر. واعتمد الرقم 10 (عدد القبائل) لا 12 (عدد الآلهة) في التقسيمات وذلك تجاوبـاً مع انتشار العملة وفي سبيل تسهيل الحسابات .
        يمكن تلخيص جميع الاصلاحات السابقة بكلمتين : العلمنة والمساواة (إيزونوميا). إستقل التنظيم السياسي عن التنظيم الديني واعتبر جميع المواطنين متساويين امام القانون[11].

        ج- التحوّلات الفكرية :
           حصلت ، على الصعيد الفكري، تغيرات كثيرة نذكر منها ولادة ثلاثة علوم: الرياضيات وعلم الفلك والتأريخ بالاضافة إلى مهارة الطب وفن جديد هو السفسطة .
        1- الريـاضيات :
            توصّل الإغريق الى عزل الرياضيات عن المعتقدات الدينية وعن التطبيقات العملية وجعلوا منها علماً مستقلاً متكاملاً (طاليس، فيثاغورس). عرف البابليون والمصريون القدامى الرياضيات لكنها ارتبطت عندهم بالمعتقدات الدينية واستُخدمت في الانجازات العظيمة مثل الأهرام وغيرها دون أن تكوّن علما مستقلا. وسيلعب المنهج الرياضي من الفلسفة دور النموذج إن من زاوية الطابع الذهني المثالي المجرد للمواضيع الرياضـيــة او مـن زاوية اسلوب البرهان الاستدلالي . وسيكتب أفلاطون على باب معهده : "لا يلجن أحد هذا الباب ما لم يكن عالم هندسة"[12].

        2- علم الفلك :
           لم تتخطَ معلومات اليونانيين الفلكية معلومات البابليين مثلاً . لكن ثمة فوارق ثلاثة أساسية بين علم الفلك البابلي و مثيله اليوناني .
           أ- يندمج علم الفلك البابلي في المعتقدات الدينية . فالاهتمام بكوكب الزهرة ناجم عن تأليهه وعن دوره (المفترض) في التأثير في حياة البشر. فموقعه يرشد الى ما سيحصل للافراد والجماعات .
          ب- يختصّ الكتبة بعلم الفلك البابلي ويعملون في خدمة الملك (الرئيس الديني والدنيوي) فيدوّنون ما يحصل على الارض (تفاصيل الحياة الاقتصادية: المحاصيل الزراعية والتوزيع والتبادل...) وفي السماء (حركة النجوم).
        ج- لعلم الفلك البابلي طابع حسابي . يستطيع البابليون التنبؤ بخسوف الشمس لكنهم يعجزون عن تصور حركات الكواكب على النمط الهندسي . فهم لا يهتمون بحركة الكواكب انما بموقعها في لحظة معينة .
        يختلف علم الفلك اليوناني عن الأول :
أ- ينبع الاهتمام بالكواكب من هدف دنيوي: معرفة ما يحصل في سماء نُزِعَ عنها الطابع المقدس وتفسيره.
ب- لما كانت المدينة الاغريقية ديموقراطية، لم يعد العلم محصوراً بفئة معينة واصبحت النقاشات علنية ويطّلع الجميع عليها. كانت الكتابة حكراً على فئة عند البابليين واصبحت وسيلة إعلام أساسية عند الاغريق .
ج- يهتم الاغريقي بحركات الكواكب (وخصوصاً الدائرية منها) لا بمواقعها فقط. نظرته هندسية وليست حسابية .
        كانت النظرة الى الحيّـز عند الإغريق أيام هوميروس كيفية ومعيارية (اليمين اتجاه حسن واليسار اتجاه سيء ؛ السماء عالم الالهة والخلود وما تحت الارض عالم الموت والفساد). فاصبحت لدى الفلاسفة الأولين كمية ووضعية : جميع الاماكن متعادلة ومتشابهة . مثلاً : يعتبر اناكسيمينس أن الكون كروي الشكل وأن الارض في وسطه عمود وجميع نقاط الكرة متساوية في بعدها عن المركز .
        ما هو سبب هذا التحوّل ؟ يلاحظ جان بيارفرنان التوازي بين التحولات السياسية والتحولات الفلكية : الارض والاغورا كلاهما في الوسط، وسط الكون ووسط المدينة؛ جميع نقاط الكرة الكونية وجميع سكان ومناطق المدينة متساوون بالنسبة للمركز .
         3- الطب:
        كتب أبيقراط (450-377 ق م)، وهو الذي عُرفت باسمه 41 رسالة طبّية، في بداية "رسالت(ه) عن داء النقطة" : " أعتقد أن داء النقطة، الذي يُطلق عليه أيضا اسم الداء المقدّس، ليس أكثر ألوهية وقدسية من غيره من الأمراض ، وإذا كان البشر قد أعطوه في البداية أصلا وعللا إلهية، فمن باب الجهل". تلخص هذه السطور النظرة الجديدة إلى الطب والأجسام الحيّة أي المسعى إلى فصل الطب عن الممارسات السحرية والدينية.
        أشهر الأطباء الفلاسفة أنبذقليس. وبين الذين طبع الطبُ فلسفتهم أناكساغوراس الذي اهتم بالتشريح وعلم الحياة وانطلق من الظواهر الطبيعية كعوارض وأرسطو (كان والده طبيبا ) الذي تأثر بعلوم الحياة (العلة الغائية، القوة والفعل) إلى مدى شبيه بتأثر أفلاطون بالرياضيات.

4   - علم التاريخ :
          كانت الملاحم الهوميروسية والمآسي المسرحية تروي باسلوب فني صراع الإنسان مع الالهة، بنظرتين مختلفتين ومنهجين متباينين. لكن هيرودوتس[13] وتوكيديدس[14] أوجدا، في القرن الخامس، اسلوباً جديداً لمعالجة الصراعات الاجتماعية. روى الأول صراع الاغريق مع الفرس وأسباب انتصار مدن اليونان على اخصامها، ووضع بين أيدي المواطنين المحاربين مفتاح تاريخهم. أما الثاني فدرس الصراعات التي نشبت بين المدن اليونانية، وربط السياسة الخارجية بالسياسة الداخلية، وابرز استقلال الصراع السياسي داخل التشكيلة الاجتماعية .
                مع تأسيس علم التاريخ :
أ) أصبحت الاحداث الانسانية مستقلة كلياً عن الدين لها أسبابها ونتائجها المحتومة.
ب) أصبح الميدان السياسي ميداناً مستقلاً يقوم في ذاته .


5- السفسطة :
           لما كانت الديموقراطية هي النظام السائد، ولما كان الكلام أمضى سلاح في النقاشات الجماعية، نشأت السفسطة التي تُعلّم مدارسُها اتقان الأساليب الخطابية وتطوير الحجج المنطقية . قدُمَ السفسطائيون إلى أثينا من خارجها وهي أغنى مدن اليونان وأرسخها في الديموقراطية وجعلوا من التعليم مهنة وسبيل عيش. أما إرثهم، وقد فُقد معظمه، فهو موضوع نقاش إلى اليوم[15].
 
        أدى تضافر جميع العوامل السابقة الى الانتقال "من الخيال الى الواقع، من السحر الى الممارسة العملية، من التموضع (الاجتماعي) إلى الشمولية (الإنسانية)، من الرغبة إلى المقال العقلاني"[16].
وجديد الفلسفة وثورتها هي في تضافرهذه  العناصر وتكاملها ومسعاها اللامتناهي العقلاني الشمولي لإدراك الحقّ.

          ولدت الفلسفة في إيونيا (آسية الصغرى) وكان محورها الأساسي الطبيعة (فوزِس) وماهيتها وانتقالها من الفوضى إلى النظام. غادرت بعد ذلك إلى اليونان الكبرى (جنوب إيطاليا)، فانتقلت إلى التمحّص في العقل (في مستعمرة إيليا: برمنيدس وزينون) وجمع الاهتمامين الطبيعي والعقلاني (أنبذقليس، فيلسوف أغريجانت). وثمة تيار ثالث للفلسفة في الجزر الوسيطة أولى العناية الأكبر لخلود النفس والعلم الرياضي (فيثاغورس). ولما جاءت الفلسفة إلى أثينا، أغنى مدن اليونان وأكثرها عراقة، جمعت كل ما سبق من اهتمامات وزادت إليها الاهتمام بالإنسان ("إعرف نفسك بنفسك") مستفيدة من انجازات المسرحيين والمؤرخين



[1] راجع بيار أوبنك، مقالة "الفلسفة القديمة" في أنسكلوبيديا أونيفرساليس (بالفرنسية).
[2]  لا تملك اللغة اللاتينية مثيلاً لهذه الأداة .
[3]  يغيب هذا الفعل عن اللغات السامية (ومنها العربية) كافة وينحصر وجوده في اللغات الهندية الأوروبية .
[4] لاحظ  عالم الألسنية إميل بنفنست في مقاله "مقولات الفكر ومقولات اللغة"(1958) التماثل بين مقولات الوجود الأرسطية ومقولات اللسان اليوناني. راجع مسائل الألسنية العامة (بالفرنسية) باريس، 1966 ، ص ص 63-74.
[5] نعتمد هنا بشكل اساسي على مؤلفات جان بيار فرنان الصادرة أصلا بالفرنسية وبنوع خاص على كتابيه : أصول الفكر اليوناني (1962) الخرافـة والفكر عند الاغريـق (جزآن (1965)، دار ماسبرو).
[6]  جان برناردت في تاريخ الفلسفة لفرنسوا شاتلية ( الجزء الأول, ص25).
[7] يـذهب المؤرخ الماركسي البريطاني جورج طومبسون (الفلاسفة الأول، إديسيون سوسيال) الى اعتبار مفاهيم الوجود والماهية والجوهر التي توحّد الاشياء مثلما يوحد النقد البضائع انعكاساً فكريـاً لانتشار العملة . وهذا الرأي مبالغ فيه بلا ريب .

[8] أمثـولات في تاريـخ الفلسفـة ( الطبعة الفرنسية، الجزء الثاني، ص10) (يقصد هيغل هنا بالفكر الفلسفة).
[9] تشير العشيرة الى رابطة الدم بينما تشير القبيلة الى الرابطة المكانية الادارية .
[10] كان للاغورا قبل كليستينس مغزى ديني كوني فهي مكان ارتباط المدينة بالارض.  لم يختفِ هذا المغزى في الاصلاحات، لكنه سيصبح ثـانويـاً.
[11] طبعا لا العلمنة كانت كاملة، إذ بقي للبيت طابع ديني، ولا المساواة كانت تامة إذ بقي خارجها النساء والأجانب والعبيد.
[12] أراد أفلاطون بالتشديد على الهندسة (جيومتري) التمايز عن الفيثاغوريين الذين شدّدوا على الحساب (أريتميتيك).
[13] هيرودوتس "أبو التاريخ" (484-420 ق م ) صاحب التواريخ أو ألتحقيق وفيه روى رحلاته إلى مصر وبلاد الشام وصور وبابل وبلاد الفرس وأرّخ للمجتمع اليوناني وحروبه. ولد في إيونيا (هاليكارناس، حاليا بدروم) واستقرّ فترة طويلة في أثينا وأنهى كتابه وتوفي في إحدى مستعمرات اليونان الكبرى.  
[14] توكيديدس سياسي ومؤرخ أثيني (460-397 ق م) صاحب تاريخ حرب البيلوبونيز وهي الحرب التي دارت بين أثينا وإسبرطة بين 431 و404 ق م.
[15] يمكن العودة في هذه المسائل إلى نيتشة وكاستوريديس.
[16] فرنسوا شاتلية : تاريخ الفلسفة (الجزء الاول، ص 20).